Le Rapport Pulling
par Michael A. Stackpole ©1990
L'enquête qui discrédita BADD
Note de la Rédaction : Cet article, traitant du deuxième "cas de suicide
provoqué par le Jeu de Rôles", prend place thématiquement après La
disparition de James Dallas Egbert III(ptgptb)et constitue une introduction au plus
global Le jeu de rôles et la droite chrétienne aux
Etats-Unis(ptgptb).
BADD, par ses attaques médiatiques contre le Jeu de Rôles, fut un intervenant
lourd de conséquences dans l'Histoire de notre loisir, et ses ondes de choc se
font encore ressentir des années après. Le Rapport Pulling démonta les
mécanismes et les motivations de "la croisade anti-JdR", et dénonça
la fragilité de leurs assertions. Il
représente un témoignage unique sur les incompréhensions, les méthodes de
manipulations et les rumeurs qui entachent le Jeu de Rôles. En même temps, il
dresse le portrait accablant des fous de Dieu, des médias qui n'informent pas,
des avocats plaidant n'importe quoi, des conspirationnistes qui montent des
conspirations... On prend conscience de l'importance
démesurée, mondiale, qui fut accordée à quelques illuminés mal documentés.
Ce document n'a malheureusement pas été remis à jour depuis 1990; certaines
références ont vieilli. Pat Pulling
est décédée en 1997 et BADD a été dissous.
Cependant le Rapport reste exemplaire quand à la radiographie d'une construction
chimérique.
Nous le mettons pour la première fois à la disposition de la communauté
rôliste francophone, afin de rétablir la vérité et de pouvoir répondre par
des faits aux rumeurs courant sur notre loisir.
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| Sommaire |
Passé
Enquêtrice de l’occulte
Profil et questionnaire
Rédactrice et éditrice de BADD
Le fait éditorial
”Mensonges, foutus mensonges et statistiques”
Une vision magique du monde
”Témoin expert”
Pat Pulling a-t-elle jamais joué à un jeu de rôles?
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The Devil’s Web
Hauts faits et alliés
Conclusion
Remerciements
Annexe 1 – Sean Sellers
Annexe 2 – Au sujet de l’auteur
Bibliographies
Notes
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| [NdT 0: "Alarmés
par Donjons et Dragons", avec le jeu de mot bad = mauvais. Un acronyme
proche de MADD (Mothers Against Drunk Driving) une association
respectable de familles de victimes de la conduite en état d'ivresse,
fondée en 1980] |
Introduction
Patricia Pulling est connue
pour avoir organisé une campagne courageuse contre les forces démoniaques qui
se sont déchaînées dans l’Amérique contemporaine. Détective privé, elle
est aussi la fondatrice de Bothered About Dungeons and Dragons (BADD) [0] et l’auteur de
The Devil’s Web (« La toile du Diable », jamais traduit en français).
Elle fut engagée comme "experte en jeux de rôles" lors de procès
pour meurtre dans le Missouri, l’Oklahoma et la Caroline du Nord. Elle fut
invitée à « 60 minutes », « Geraldo » et à de nombreuses émissions
radiophoniques, telles le « Jim Bohannon Show » repris dans tous les
Etats-Unis.
Son courage face à la
conspiration sataniste n’est rien moins qu’époustouflant. L’acharnement
sans faille qui lui permet de faire des tournées de conférences, d’écrire
des livres et de publier des lettres d’information est incroyable. Son
empressement à aider la police à enquêter sur des crimes liés à l’occulte,
et son énergie sans compromis pour rendre public les dangers du satanisme sont,
sans aucun doute, perçus comme nobles et civiques.
Dans la communauté des enquêteurs
spécialistes des “crimes occultes”, elle est devenue un personnage de
proportions mythiques.
Malheureusement pour Mme
Pulling – comme pour la plupart des mythes – le noyau de vérité autour
duquel la légende s’est construite n’est nullement aussi attirant que le
mythe. Comme il sera exposé dans ce rapport, une fois écartés les rideaux de
fumée et les miroirs qui entourent sa croisade, Mme Pulling est loin d’être
la personne adéquate à qui confier des responsabilités dans une enquête
criminelle. Dans sa quête d’une Grande Conspiration Sataniste – celle-là même
qu’elle tient en définitive pour responsable du suicide de son fils – elle
s’est engagée dans des activités illégales et contraires à l'éthique. Ses
méthodes et pratiques, au mieux, contaminent toute preuve qu’elle pourrait
apporter et, au pire, créent un monstre là où il n’y en a pas.
Ce rapport, bien que loin
d’être exhaustif, fournit la liste de ce que Mme Pulling a fait pour fournir
des preuves sur tout, depuis des jouets meurtriers jusqu’à une conspiration
sataniste mondiale qui comprend un habitant de Virginie sur douze. La plupart de
ces informations traite de ses premières attaques contre les jeux de rôles
qu’elle rend responsables de la mort de son fils. Le reste fut développé
lors de l’étude de ses recherches sur l’occulte et des autres personnes
avec qui elle travaille et est associé dans le mouvement anti-sataniste.
Passé
La carrière "d’enquêtrice
de l’occulte" de Mme Pulling commença avec la mort tragique de son fils,
Irving Lee “Bink” Pulling. Le 9 juin 1982, Bink se tira une balle dans la
poitrine avec un pistolet « quelques heures après avoir été maudit au cours
d’une partie de D&D® dans son lycée » [1] Bien que la nécrologie
de Bink ne fasse pas mention de la manière dont il mourut, et que sa mort ne
parut pas des journaux de Richmond, dans l’année qui suivit, Mme Pulling
avait porté plainte contre Robert A. Bracey, le proviseur du lycée où son
fils allait et jouait à Donjons & Dragons.[2]
La plainte, qui fut rejeté
par la cour le 26 octobre 1983 [3], fut la première fois où Mme Pulling se lança
dans une enquête sur un « crime occulte » (il est curieux que ce point
important de sa carrière ne soit pas mentionné dans son livre, The
Devil’s Web). A cette époque, elle fonda Bothered About Dungeons &
Dragons (BADD) et se retrouva intervenante au procès de Darren Lee Molitor pour
meurtre en 1984. L’affaire Molitor fut son premier procès [4] et la première
fois où elle fut présentée comme un « expert » de D&D.
Enquêtrice de
l’occulte
A l’automne 1987, dans une
émission de la radio FKYI à Phoenix, Pat Pulling fut présentée comme « détective
privé depuis six ans ». Robert D.
Hicks, un analyste judiciaire pour l’état de Virginie précise dans une lettre «
Pulling est un détective privé, sous licence depuis le 6 octobre 1987 ».
Il poursuit :
Toutefois, cela vous intéressera
peut-être de connaître la procédure d'obtention d'une licence. N’importe
qui avec n’importe quel bagage éducatif peut obtenir une licence. On doit
cependant faire deux choses. Premièrement, suivre un cours de 42 heures, ou de
48 heures, et qui peut être donné pratiquement n’importe où. Le cours porte
sur des sujets tels que les règles sur les preuves, les procédures criminelles
et civiles, la collecte et la synthèse d’informations, les techniques
d’interrogatoire et les techniques d’enquête. La différence entre les deux
cours – six heures – porte sur l’instruction des armes à feu. Il est évident
qu’en six heures on ne peut apprendre guère plus que de simples bases. Quoi
qu’il en soit, Pulling apparaît licenciée dans la catégorie armée.
La
deuxième condition pour obtenir une licence est de subir une enquête
criminelle, enquête qui consiste à passer les empreintes digitales au fichier
du FBI. Si on passe l’enquête « de moralité » et que l’on réussit un
examen d’une heure à l’issue de la formation, on peut acheter une
licence.[5]
Sa carrière, si elle avait
six ans en 1987, aurait commencée au moins 6 mois avant le suicide de son fils
le 9 juin 1982. Quoi qu’il en soit, elle devint détective privé en octobre
1987. Qu’elle laisse dire qu’elle le fut avant cette date donne une légitimé
indue à ses « faits ».
Profil et Questionnaire
En tant que détective sur
les crimes sectaires, Pat Pulling a conçu plus d’un document brossant le
portrait d’un enfant en danger d’implication sectaire à cause du jeu de rôles
ou d’autres facteurs. Elle utilise le profil suivant pour identifier les
enfants en cours d’endoctrinement sataniste et répertorier ceux qui sont
potentiellement suicidaires. Voici le profil, extrait de l’un de ses documents
du BADD – destiné exclusivement aux forces de police.
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Le Qui Quoi Quand Où et Comment du satanisme
adolescent [6]
QUI ?
1. Des adolescents de tous milieux sociaux.
2. issus de familles de milieu moyen à aisé.
3. Intelligents
4. Ont des résultats scolaires au-dessus ou en-dessous de la moyenne
5. Créatif ou curieux
6. Certains sont rebelles
7. Certains ont une faible estime personnelle et sont des solitaires
8. Certains enfants ont été victime de violence physique ou sexuelle
QUAND cela arrive-t-il ?
La tranche d’âge la plus vulnérable semble être entre 11 et 17 ans.
OU ?
1. Dans les lieux publics comme des concerts de rock, des clubs de jeu dans les
associations ou à l’école.
2. Dans des soirées privées chez un ami
COMMENT ?
1. Par de la musique Black Heavy Metal
2. Par des jeux de rôle de fantasy comme Donjons & Dragons ®
3. Par une obsession pour des films ou des vidéos à thèmes occultes
4. En collectionnant et lisant ou recherchant des livres d’occultisme
5. En étant recruté dans des « Cultes Sataniques »
6. Certains sont nés dans des familles qui pratiquent des « rituels sataniques
».
DEUX PRINCIPES DE BASE S’APPLIQUENT ICI la « Loi d’Attraction » et
la « Loi de l'Invitation »
A QUOI s’attendre ?
1. Obsession pour les loisirs occultes
2. Désordres comportementaux, de toutes gravités
3. Crimes et délits tels que :
a. Fugue
b. Profanation de sépulture (par exemple vol d’ossements)
c. Cambriolage pour se procurer des objets religieux ou vols pour prouver sa
loyauté au groupe
d. Dégradations de lieux publics ou privés par des graffitis « sataniques
» ou assimilés
e. Menaces de mort (soi-même ou sur autres, l’automutilation est très
courante)
f. Agressivité dirigée contre la famille, les professeurs ou les
représentants de l’autorité.
g. Mépris des religions établies
h. Attitude raciste
i. Kidnapping ou complicité de kidnapping
j. Meurtre
k. Pacte de suicide avec les autres membres du groupe
QUE pouvons-nous faire ?
1. Archiver toute information en rapport avec une implication occulte (même
si elle ne parait pas pertinente sur le moment)
2. conserver un esprit ouvert
3. rester objectif
4. ne jamais supposer qu'un individu agit seul jusqu'à ce que toutes
les informations relatives à l'affaire ou à l'individu aient été
entièrement examinées
5. si un individu est impliqué dans une " activité satanique ", il
ou elle niera fortement pour protéger d'autres membres du groupe ainsi que la
" philosophie satanique "
6. Avoir une approche en équipe, travailler avec un thérapeute, un
ecclésiastique et d'autres professionnels susceptibles d'aider.
7. éduquer la société pour que des tragédies potentielles puissent être
évitées. |
Ce document, qui fut
distribué par BADD aux forces de police, pour être utilisé lors de
l’interrogatoire de suspects, contient clairement quelques défauts. Même une
étude superficielle des trois premières sections montre que n’importe quel
enfant de 11 à 17 ans est un candidat potentiel pour la tentation sataniste. De
plus, cette tentation aura lieu à des moments où il y a le moins de chances
qu’un parent soit présent. En bref, si vous avez un enfant raisonnablement
intelligent d’un bon milieu et qu’il est hors de votre champ de vision, il
peut être recruté par les satanistes. Ceci est un non-sens avéré et Pulling
n’offre aucune preuve que le recrutement par une secte sataniste de quelque
sorte soit un événement commun.
Il est clair que du point de
vue de Mme Pulling, aucun enfant n’est jamais en sécurité. Une fois que le
profil a permis d'aider les parents et autres à identifier les enfants
potentiellement à problèmes, Pat révèle l’esprit à charge que BADD
encourage chez les enquêteurs.
QUE pouvons-nous faire ?
2. conserver un esprit ouvert
3. rester objectif
5.
Si l’individu est impliqué dans une “activité satanique”, il ou elle
niera de toutes ses forces pour protéger les autres membres du groupe ainsi que
sa “philosophie satanique”. [7]
Regroupés ainsi, ces trois
points résument l’approche qu’a Mme Pulling d’une enquête « objective ». Alors qu’elle encourage l’ouverture d’esprit et l’objectivité dans
les points 2 et 3, elle donne un avertissement dans le point 5. Essentiellement,
dit-elle, s’ils ne vous disent pas ce que vous voulez entendre, ils mentent,
car les satanistes mentent pour protéger leurs amis. Ce message mitigé
contribue ici à obscurcir ce qui est déjà un problème très complexe dans le
maintien de l’ordre.
Plus important encore, ce
conseil place automatiquement le suspect et la police dans une situation
d’adversaires – même si le suspect veut se montrer coopératif.
Lorsqu’il est utilisé conjointement avec le questionnaire fourni par Pulling,
le problème est aggravé. Du fait que le questionnaire de Pulling fournit des
questions et des exemples de réponses – dont la plupart sont fausses ou
inapplicables – elle a créé une situation où un suspect est perçu comme
mentant à la police, même lorsqu’il dit la vérité.
Dans le questionnaire
intitulé Interroger des joueurs de Jeux de Rôles fantastiques, contenu dans la
publication Interviewing Techniques ("Techniques d’interrogatoire"), Pulling conseille :
Il est très important de
comprendre que tous les rôlistes ne se sur- identifient pas avec le jeu de rôles
et/ou avec leurs personnages. Toutefois, il apparaît qu’un nombre important
de jeunes ont du mal à différencier l’imaginaire de la réalité. Ou, dans
d’autres cas, le fait de jouer aux JdR a modifié leur comportement au point où
ils réagissent à des situations réelles de la même manière qu’ils le
feraient au cours d’une partie. Ceci n’est pas toujours évident ou visible
pour le suspect. Le changement de personnalité est si subtil que dans certains
cas le rôliste est inconscient du moindre changement de comportement ou de
personnalité [8]
Que veut dire Mme Pulling
quand elle dit « qu’un nombre important de jeunes n’arrive pas à différencier
l’imaginaire de la réalité » ? Les JdR existent depuis 1975 et Mme Pulling
elle-même admet qu’il y a quatre millions de joueurs de D&D rien qu’aux
Etats-Unis. Combien d’enfants constituent « un nombre important » ? Sans
clarification ou preuve, c’est un commentaire vide de sens, utile seulement de
par sa qualité incendiaire.
Juste en dessous, les
policiers sont prévenus qu’un rôliste peut ne pas pouvoir différencier le réel
de l’imaginaire. Elle note que les rôlistes « réagissent à des situations
réelles de la même manière qu’ils le feraient au cours d’une partie. ».
Au cours d’une partie, les problèmes sont résolus en jetant des dés et en
consultant un tableau pour voir le résultat. La police a-t-elle rapporté des
cas de jeunes qui réagissaient à des agressions en demandant à leurs
agresseurs de patienter pendant qu’ils lançaient les dés ? Les professeurs
ont-ils signalé des enfants qui lançaient des dés et consultaient quelque
tableau pour résoudre des questions difficiles d’examens ? En quoi consistent
exactement ces réactions de parties à des situations réelles, et où sont les
preuves de leur existence ?
Pour développer ou donner
une explication satisfaisante au manque de preuves soutenant ses assertions, Mme
Pulling suggère que tout changement de personnalité est si subtil que la
personne peut ne pas le remarquer. S’il est si subtil, est-il vraiment
significatif ? A-t-il un sens quelconque ? Et le terme “subtil” est-il adéquat
pour qualifier l’incapacité à différencier l’imaginaire du réel ? Le
fait de lancer des dés face en situation de stress peut-il être considéré
comme subtil ?
Pulling continue:
C’est pourquoi il est
important que non seulement les enquêteurs soient familiarisés avec le JdR,
mais qu’ils soient aussi capables de poser des questions qui sont adaptées à
la pratique ludique du suspect.[9]
Les questions ci-dessous
issues du questionnaire sont effrayantes de part leur nature incomplète, leur
quête d’information insignifiante et leur imbécillité générale.
Souvenez-vous que Pulling a dit aux enquêteurs que le suspect mentirait pour
protéger ses amis. Elle a aussi dit qu’il était possible qu’ils pourraient
ne pas distinguer l’imaginaire du réel. Gardant ceci à l’esprit, et
tentant de garder un esprit ouvert, on donne à l’enquêteur la liste de
questions suivante, avec des indications pour les réponses. Les textes en italique
sont les commentaires de l’auteur de cet article pour ramener de l’objectivité.
1. Comme il est nécessaire d’avoir un Maître du Donjon
ou un maître/meneur de jeu et deux personnages-joueurs ou plus, il est
important de demander au suspect qui est le Maître du Donjon. (A ce moment,
vous pouvez obtenir des réponses évasives comme quoi plusieurs personnes
sont Maître du Donjon, ou encore le suspect peut répondre : « Personne
en particulier ». Ceci n’est pas très courant. Généralement, il y a une
seule personne qui assume en continu le rôle de Maître du Donjon.)
En fait, partager la
charge de Maître de Jeu dans un groupe est assez courant. Par exemple, un
groupe de rôlistes à Phoenix avait une demi -douzaine de meneurs oeuvrant dans
le même contexte dans un JdR de super -héros. L’échange des fonctions de
meneur, surtout avec des systèmes de jeu différents, est très courant et
donne à chacun la chance de faire l’expérience des deux côtés du JdR.
Cette tendance à partager la fonction de Maître de Jeu n’est en aucun cas un
développement récent, mais est devenu encore plus répandu à mesure que les
jeux de rôles mûrissaient dans la deuxième moitié des années 80.
2. Quel est le personnage de votre suspect dans la partie ?
Elles seront les suivantes : voleur, magicien, guerrier, clerc. Dans ces classes
précitées, il peut y avoir de sous-classes auxquelles l’individu peut faire
référence comme Voleur-Assassin, etc…
On les connaît plus sous
le nom de classes de personnage. Elles étaient très courantes dans les
premiers JdR, mais avaient souvent d’autres noms, comme Ranger, Sorcier,
Shaman, etc. Depuis 1983, environ, pratiquement plus aucun JdR n’utilise de
classes de personnage, celles-ci étant trop restrictives à jouer. Il serait très
facile pour un rôliste de nier jouer un Voleur ou un Magicien ou un Guerrier
– sans pour autant mentir le moins du monde.
3. Demandez aussi à l’individu s’il joue des personnages multiples comme
un combattant/magicien.
Même commentaire
qu’au-dessus – nier savoir comment répondre à cette question ne serait pas
inhabituel chez les rôlistes, ni ne serait une quelconque tentative de
dissimuler une participation à une secte.
4. Chaque personnage aura certaines capacités ou attributs comme la Force,
la Sagesse, l’Intelligence, le Charisme, la Constitution et la Dextérité.
Ces caractéristiques sont obtenues en lançant trois dés à six faces. Ainsi,
les scores de chaque attribut s’étaleront de 3 à 18. Vous devez découvrir
quelles sont les [capacités de son personnage actuel]
Deux problèmes ici.
Beaucoup de jeux de rôles ont des attributs avec des noms différents, comme
Agilité, Vitesse, Apparence, Présence, Essence et Corpulence. Certains groupes
de rôlistes, s’ils le jugent nécessaire, inventeront leurs propres caractéristiques
et les rajouteront à leurs JdR. N’importe quelle liste donnée à un policier
au cours d’une enquête a de fortes chances d’inclure des caractéristiques
hors de la liste ci-dessus.
De plus, il n’y a qu’à
D&D que les scores sont limités entre 3 et 18. A Tunnels &
Trolls, par
exemple, les scores n’ont aucune limite supérieure. A Traveller, ils allaient
de 1 à F et à Shadowrun, ils vont
de 1 à 7. Dans un JdR que j'ai terminé en juillet 1989, (Renegade
Legion RPG, par FASA.), les attributs vont de 2
à 20 au départ et sont déterminés en allouant des points ou en jetant 2 dés
à 10 faces.
Comme précédemment, des
réponses parfaitement correctes et sincères peuvent ne pas coïncider avec les
réponses suggérées par Mme Pulling, sans implication sectaire.
5. Depuis combien de temps cet individu joue-t-il à ce jeu de rôle ?
Il n’y a aucun indice
sur une réponse correcte et l’intérêt de la question est douteux. Avec plus
de 300 JdR existants, et les joueurs passant de l’un à l’autre à mesure
qu’ils se lassent ou que les fonctions de Maître de Jeu changent, la durée
d’implication dans un JdR est hors de propos. Par exemple, un joueur vétéran
pourrait ne pratiquer un JdR donné que depuis un mois, date de sa parution.
Un autre point important
est que la popularité de certains JdR a changé. La fantasy n’est plus aussi
populaire qu’elle ne l’a été et les JdR de Science-Fiction ont vraiment
capté des quantités de rôlistes. De nombreux JdR de SF ne mettent en scène
ni magie, ni religion, et par là ne possèdent clairement pas les appâts
diaboliques que Mme Pulling et les autres trouvent à Donjons et Dragons.
6. Depuis combien de temps joue-t-il le personnage qu’il
joue actuellement ?
Encore une fois, aucun
indice de réponse correcte n’est fourni. Bien qu’il soit vrai que les rôlistes
s’attacheront à leurs personnages, cet attachement n’est pas plus menaçant
que celui du golfeur pour ses clubs. Et, comme pour le golfeur avec un club cassé,
un personnage mort est remplacé par un autre.
7. Quel est le niveau de son
personnage? Soyez précis.
Pas d’indice ici, mais
Mme Pulling doit penser que c’est une question importante car elle apparaît
encore à la question 12. Là elle explique que le niveau reflète le pouvoir
dont dispose le personnage. Ceci n’est vrai que pour les jeux de rôles où il
a des niveaux. Comme les classes de personnages, les niveaux sont devenus plutôt
obsolètes dans les JdR plus récents.
Curieusement, le concept
de « niveau de pouvoir » va à l’encontre de l’aspect « d’interprétation
de rôles » que Mme Pulling juge dangereux dans les JdR. Dans un groupe de rôlistes
où le roleplay domine, le niveau de pouvoir et les combats sont secondaires car
ils interfèrent avec l’interprétation. (imaginez un groupe d’improvisation
théâtrale où les acteurs s’arrêtent toutes les 2 minutes pour lancer des dés.
Cela serait assurément ennuyeux, comme cela l’est dans le JdR. Le « jeu de rôles
» contre « le jeu de rouler de dés » est depuis longtemps une dichotomie dans le monde du JdR et les deux ne
marchent pas bien ensemble.)
8. Quel est son alignement ?
Voici une liste de catégories pour les alignements : Chaotique mauvais,
chaotique bon, chaotique neutre, loyal mauvais, loyal bon, loyal neutre, neutre
mauvais, neutre bon et neutre.
Des observations indiquent que, par le passé, un nombre significatif d’adolescent
ont choisi un alignement mauvais. Les raisons que les jeunes joueurs donnent à
ce choix sont qu’ils pensent qu’il y a moins de restrictions pour son
personnages ou le joueur, et qu’ ils peuvent donc faire plus de choses, se
sortir de plus de situations et survivre plus longtemps dans le jeu.
En réalité, la plupart
des joueurs font ce qu’ils veulent et ne se soucient pas de l’alignement.
Les rôlistes considèrent en général les alignements avec dégoût et les
alignements ne sont pas présents dans beaucoup de JdR hormis la famille de
D&D. (L’auteur de cet article proposa une fois un système d’alignement
qui consisterait en un graphique avec une échelle allant de Méchant à Gentil
et une autre allant de Sale à Ordonné, mais l’idée ne marcha jamais.) Les
alignements sont à la base idiots et gênent le jeu, et sont donc le plus
souvent ignorés.
Pulling continue ici en
remarquant :
“A Orlando, en Floride, un jeune garçon de 14 ans déclara
qu’il avait un voleur d’alignement loyal bon. Dans la réalité, les voleurs
ne sont pas considérés comme « bons » par notre société. Il s’ensuit une
confusion sur les attitudes correctes et les qualités morales. Le Bien et le
Mal dépendent des circonstances."
|
| [NdT 1] Boston Tea party: le 16 décembre 1776, des
Partisans américains jetèrent des cargaisons de thé dans le port de Boston. Ce fut un des incidents qui
marqua le début de la Guerre d'Indépendance. |
Je ferais remarquer que Robin des Bois et les Patriotes du Boston Tea Party
[NdT 1] pourraient être considérés comme des Voleurs Bons.
9. le personnage de l’individu est-il sous l’influence d’une
ou plusieurs malédictions ? Si oui, de quel type ? Incitez-le à parler du
processus et de la nature des malédictions.
L’inquiétude de Mme
Pulling au sujet des malédictions vient du fait qu’elle croit que son fils a
été conduit à se tuer par une malédiction sur son personnage. Cette
croyance est un pur non-sens et est basée, comme je le montrerai, sur son
ignorance volontaire des circonstances du suicide de Bink Pulling. Suggérer
qu’un événement dans un jeu peut inciter un enfant autrement normal à se
suicider, revient à dire qu’il faut accepter l’idée qu’un joueur de
Monopoly en banqueroute peut se tuer pour ça. Du fait que le Monopoly est un
vieux standard, personne ne croirait ce genre d’allégations, mais comme les
JdR sont si récents et si incompris, ce genre d’accusations illogiques n’est pas mis en doute.
10. Quel est le nom du ou des personnages de l’individu ?
Mme Pulling donne
beaucoup de poids aux noms des personnages, surtout si on peut les retrouver
dans des ouvrages occultes, tels le redouté Necronomicon ! Elle remarque aussi
que Darren Molitor utilisa les noms Demun et Sammy Sager pour ses personnages.
Après avoir avoué ses crimes au FBI, il signa sa déposition sous ces noms
ainsi que le sien.
Le choix d’un nom pour
un personnage est, dans le pire des cas, une forme de vœux d’accomplissement.
Il est directement analogue au choix que l’on peut faire d’un costume pour
un bal masqué. Y aller déguisé en Zorro, par exemple, ne signifie pas que la
personne se prend pour Zorro, mais qu’il est amusant de prendre ce rôle pour
un bref moment. Plus communément, le choix d’un nom est le fruit d’une
blague au sein du groupe ou tout simplement une affaire d’opportunité. Une
fois, dans un JdR de fantasy, j’ai nommé un personnage « Mixeur-de-guerre »
parce que je me trouvais dans la
cuisine lorsque je remplissais la feuille de personnage.
|
| [NdT 2] Sammy Hagar: Guitariste américain, plutôt
rock mélodique. |
La similitude entre le
Sammy Sager de Darren Molitor et le musicien populaire Sammy Hager [NdT 2]
suggère une
origine semblable. Un autre rôliste que je connais, du fait que ses amis disent
qu’il se joue toujours lui-même quelque soit le JdR, donne des dérivés de
son propre nom à ses personnages.
Comme ces exemples le
prouvent, l’importance du nom d’un personnage est très subjective et peut
facilement varier d’un personnage à l’autre selon le JdR et les
circonstances durant lesquelles le personnage fut nommé. Tenter une généralisation
sur la signification des noms de personnages est aussi bête que de généraliser
sur le genre des noms de chiens ou de chats.
11. Quelle est la race de son personnage ?
Ceci ne devient important
que dans la mesure où beaucoup de jeunes essayeront de vous « doubler » quand
vous leur demandez ce qu’est leur personnage et qu’ils vous diront qu’il
est un elfe. Dans le jeu de rôles, un elfe est une classe raciale, pas une
classe de personnage, ainsi beaucoup de gens croient que les elfes sont des créatures
innocentes et inoffensives et passent sous silence toute implication dans des
pensées négatives. Les classes raciales sont les suivantes : Nain, Elfe,
Gnome, Demi-Elfe, Halfling (Hobbit), Demi-orc et Humain.
Il y a d’autres types
raciaux/humanoïdes/races étranges dans d’autres JdR. Les avantages de jouer une
race différente sont une force accrue pour les Nains ou la vision nocturne pour
les Elfes, etc… Les gens jouent une autre race pour s’évader, ce qui est l'objet de la relaxation et des passe-temps. Le choix du type racial a peu
d’importance dans le monde du JdR, mais il est clair que Mme Pulling le voit
différemment. Du fait que les Elfes, Nains, Hobbits et autres ne sont pas
mentionnés dans la Bible, ils doivent être les créations du diable. Ainsi,
jouer un personnage non -humain comporte toutes sortes d’implications maléfiques.
12. Quel est son niveau dans
la partie ?
Voir question 7
13. Quel dieu ou dieux l’individu sert-il dans la partie ?[10]
Du fait que la plupart
des JdR ne s’occupent pas de
religion, la réponse pourrait très facilement être « Hein ? » - encore une
fois, sans volonté de tromperie de la part du suspect.
De plus, il y a ici une
équivalence entre les actions pendant le jeu et les actions réelles. Suggérer
que la « vénération » d’un dieu imaginaire dans un JdR est la même chose
que vénérer ce dieu en réalité revient à suggérer que tout acteur ayant
mis un uniforme nazi et salué un portrait d’Hitler est un nazi. La Bible
interdisant de placer les « faux dieux » avant Dieu, le fait même de faire un
sacrifice à un dieu imaginé par le Maître de Jeu
devient un acte idolâtre, et l’idolâtrie est diabolique. Ainsi, un
jeu de rôles où ceci arrive est forcément démoniaque et est capable d’attirer un enfant vers le diable.
Ce genre de logique
bancale peut être utilisée pour prouver que presque tout est satanique.
Comme on peut facilement le
voir dans le document ci-dessus, non seulement les questions sont inutiles, mais
les explications de Pulling pour des réponses possibles sont quasiment incohérentes.
Très manifestement, les questions de Pulling ont pour but de déterminer si le
suspect peut différencier le réel de l’imaginaire. Évidemment, la confusion
de Pulling de l’un avec l’autre amène tout un tas de problèmes. Un jeune
normalement intégré dans la société et aimant les JdR, en répondant simplement
à ces questions de façon honnête et ouverte, pourra être dépeint comme un
sataniste zélé faisant de son mieux pour couvrir sa cabale!
Pire encore, Mme Pulling
distribue ce questionnaire à des policiers participants à des séminaires sur
les crimes liés à l’occultisme. Il est clair que l’évaluation de la santé
mentale d’un suspect, en ce qui concerne sa capacité de distinguer le réel
de l’imaginaire, devrait plutôt revenir à quelqu’un avec une formation en
psychologie, pas à quelqu’un qui a écouté Mme Pulling pendant un week-end.
Croire que ce document peut servir à mesurer l’ampleur d’une conspiration
sataniste est une folie car, à cause de sa mauvaise information, le questionnaire crée
cette conspiration uniquement par son utilisation
Mme Pulling ajoute un autre
ensemble de questions aux treize premières qu’elle demandait à la police
d’utiliser. La première est « A-t-il lu le Necronomicon ou le connaît-il ?
». Dans son explication de ce paragraphe général, elle ajoute, « Ceci aidera
à déterminer si l’individu a une connaissance pratique de l’occulte et
si ses compétences de jeux de rôles penchent plutôt vers le côté obscur, ce
qui expliquerait un comportement bizarre. »[11]
La phrase, « si ses compétences
de jeux de rôle penchent plutôt vers
le côté obscur » requiert un examen attentif. La phrase même et sa tournure
suggère que les jeux de rôles possèdent d’une manière quelconque un
pouvoir qui peut être utilisé pour le bien ou le mal. Ceci est insensé –
les JdR ne sont pas remplis d’énergie bénéfique ou maléfique. Si les jeux
de rôles étaient autre chose qu’une forme de divertissement, tous ceux qui
ont gagné au Monopoly seraient miraculeusement devenus des Donald Trump et les
bons joueurs de Risk auraient pris les rênes du monde.
|
| [NdT 3] Bible satanique: ouvrage de Anton
Szandor LaVey, fondateur de la Church of Satan, paru en 1969. Fonde la
pratique du satanisme de ce culte. C'est une sorte d'essai philosophico-
religieux, en antithèse avec le christianisme. |
Dans cette question inquiétante,
Mme Pulling mentionne le Necronomicon. Rien que par le contexte, on pourrait
supposer que le Necronomicon est un ouvrage occulte, grosso modo équivalent à
la bible satanique [NdT 3]. En fait, le Necronomicon date d’avant la bible satanique
et a une histoire plutôt bien connue.
Le Necronomicon est une
blague. Il fut crée comme un ouvrage de « connaissance interdite » par Howard
Phillips Lovecraft. Lovecraft écrivait pendant l’Age d’Or des pulps
[12] et créa les Grands Anciens, dont le plus connu est Cthulhu (Keuh-thou-lou).
Le Necronomicon était soi-disant écrit par l’arabe dément Abdul
Alhazred.
Rédigé avec du sang sur des parchemins en peau humaine il contenait
l’histoire des Grands Anciens et parlait de leur nature et de qu’ils avaient
faits. Le lire rendait fou.
Lovecraft partagea son
“mythe de Cthulhu” avec d’autres écrivains de l’époque, le mettant
dans le domaine public. Cthulhu, les autres dieux et le Necronomicon commencèrent
à apparaître dans les récits d’horreur de nombreux auteurs – aussi bien
professionnels qu’amateurs. Des copies fantômes de ce livre apparaîtraient
mystérieusement dans les bases de données de bibliothèques, mais il semblait
être toujours prêté à un certain Mr A. Alhazred.
En bref, le Necronomicon
devint une blague familière partagée par les amateurs de fantasy et
d’horreur. Pendant la première moitié du XXème siècle il ne fut pas imprimé
car il n’en existait aucun texte. Il s’agissait d’une fiction et le serait
probablement resté si certaines personnes n’avaient pensé qu’on pouvait se
faire facilement de l’argent en éditant pour de vrai cet ouvrage interdit.
A la fin des années
soixante-dix, la première d’au moins cinq versions différentes du livre
apparut sur le marché. La plupart sont du baragouin et au moins une version répète
son texte arabe romanisé toutes les dix pages (l’auteur ayant supposé que
personne n’essayerait jamais de tenter de déchiffrer plus de dix pages
d’absurdités). Un autre livre parut avec une reliure en cuir noir et une
couverture gaufrée à l’or. Il se vendit 50$ en 1978 et se vend maintenant
largement au-dessus de 100$.
Bien qu’existant maintenant, le Necronomicon est aussi véridique que
Les Voyages de Gulliver ou l’Enfer de Dante. Le citer comme un livre
d’occultisme s’apparente à citer le roman Mazes and Monsters
de Rona Jaffe comme un livre d’enquête. (Le fait que le Dr Thomas Radecki de
NCTV le fasse dans un de ses communiqués de presse ne fait pas de ce roman un
livre de faits réels.) Une simple recherche rapide sur le Necronomicon aurait
montré son origine douteuse, mais il semble que Mme Pulling n’aie pas autant
étudié cet ouvrage.
Rédactrice
et directrice de BADD
En tant que Présidente
de Bothered About Dungeons and Dragons, Mme Pulling a mené une approche éditoriale
intéressante dans la publication de documents. La plupart de ses textes sont
copiés-collés à partir d’articles de journaux. Bien que ceci puisse apparaître
comme un moyen simple et économique de faire circuler l’information que les
membres de BADD lui transmettent, ce que fait Mme Pulling de ces informations
est en fait illégal est non-éthique.
Les faits éditoriaux
Les Techniques
de Pulling comprennent un article de journal, repris intégralement avec les
photos, paru à l’origine dans le Daily News-Sun de Sun City, Arizona. Le récit
détaille le suicide apparent de Sean Hughes à Springerville, Arizona le 19
avril 1988. [13] L’article, écrit par Doug Dollemore, est un récit objectif
qui rapporte des faits et des opinions de la famille, des amis, et des officiers
des forces de l’ordre. Pulling le reproduit comme élément central des Techniques,
et l’article se termine par une citation du chef de la police de Springerville,
Darrel Jenkins : « Si Sean n’avait pas été mêlé à des jeux de
rôles, il aurait peut-être mûrement et longtemps réfléchi avant d’appuyer
sur la gâchette » [14]
Comme l’article fut publié dans un village proche de Phoenix, j’ai appelé
Doug Dollemore, et convenu de le rencontrer. Lorsque je lui ai montré la
version de Pulling de l’article, il y a jeté un coup d’œil, puis s’est
arrêté en arrivant à la dernière page. Il m’a dit que la dernière page de
l’article original était sous forme d’une longue colonne ; elle avait
été découpée en cinq morceaux pour la faire tenir sur une feuille de 21x 27
cm, lors de la reproduction par Pulling. Après le découpage, les morceaux
avaient étés réarrangés pour que la citation du shérif arrive en
dernier.
Comme on peut le voir plus haut,
cette citation est un méchant réquisitoire contre le JdR. L’article original
de Doug se terminait par les paroles de la mère de Sean :
« S’il y a un procès, je veux y être. Je veux des réponses »
[15]. C’était une fin plus en accord avec le ton sans parti-pris de
l’article. Doug remarqua aussi que le News-Sun n’avait pas été contacté,
ni n’avait donné son accord, pour la reproduction de cet article dans les
textes de Pulling.
Dans son Primer (A Law
Enforcement Primer on Fantasy Role Playing Games - "une introduction à
l'usage des forces de l'ordre, sur les Jeux de Rôles fantastiques", un des
documents de BADD) Pat Pulling reproduisit l’article du Washington Post
sur la mort de son fils.
Les colonnes de l’article totalisaient 50 cm [16], mais Mme Pulling ne reprit
que les 35 premiers cm. L’article indique :
[Bink Pulling] avait du mal à « trouver sa place » et se découragea
quand il fut incapable de trouver un responsable de campagne lorsqu’il se présenta
aux élections de conseil de classe. Un de ses camarades dit que, peu avant sa
mort, il écrivit « la vie est une blague » sur le tableau
noir d’un de ses cours.
Dans
la partie de l’article non reproduite par Pulling apparaissait ce qui suit :
« il avait un tas de problèmes de toutes
façons qui étaient sans rapports avec le JdR », dit Victoria
Rockecharlie, une autre camarade de Pulling dans le programme des enfants surdoués.
Réécrire
des articles de journaux pour changer leur contenu n’est en aucun cas légitime
et, dans le cas de textes sous copyright, est en fait illégal. Les cas
susmentionnés sont des exemples de modifications directes. Plus généralement,
Mme Pulling continue de rapporter des affaires comme étant liées aux jeux de rôles,
même après que des articles ultérieurs ou des lettres de parents aient nié
tout lien entre un crime ou suicide et un jeu de rôles. Il est relativement
facile de trouver une abondance de preuves contradictoires, même dans la plus superficielle
recherche de détails sur les cas qu’elle cite.
C’est le cas dans la mort de son propre fils. Les deux représentations
qu’elle fait de la mort de son fils varient beaucoup plus que ne l’indiquent
la version originale ou amputée de l’article du Washington Post. Dans l’émission
"Geraldo", Mme Pulling déclara à propos de la mort de son fils :
Nous n’avons pas compris [sa mort]. Et nous
avons trouvé – la police bien sûr a trouvé - beaucoup d’écrits et de
lettres. Et la première chose qu’ils nous ont demandé cette nuit-là,
avant qu’ils n’enlèvent le corps, fut – ils prirent à part mon mari et
moi et dirent « Mme Pulling, êtes-vous une adoratrice du diable ? »
Et je dis « Non ». Je dis : « vous pouvez fouiller ma
maison. Je n’en suis pas. »- nous étions juifs vous savez. Et
j’ajoutai : « nous n’avons rien de tel dans ma maison ». Et
ils ont pris mon mari à part. Il était évident qu’ils pensaient que cela
venait de la famille. [17]
Le
récit ci-dessus est en substance le même que celui donné dans The
Devil’s Web. Cependant, Mme Pulling indique dans ce livre que son fils
utilisa le pistolet de sa mère pour se tuer. De ses sentiments à ce moment là,
elle dit :
“Je ne ressentis pas la honte dont j’ai
entendu dire que tant de familles ressentent lorsqu’il y a un suicide, mais
je ressentis une très grande peine, et à un certain degré, de la colère.
Oui, de la colère. La colère de ne pas avoir su ce qui se passait dans la tête
de mon fils, de la colère et de la culpabilité à l’idée que j’avais dû
manquer quelque chose qui m’aurait permis de savoir que j’avais un fils en
difficulté. Je n’eus pas le sentiment que Lee [son mari] et moi ayons à
nous reprocher quoi que ce soit pour ce qui s’était passé, mais je me
demandai pourquoi nous n’avions pas vu que quelque chose allait vraiment de
travers. Qu’est-ce qui pouvait avoir rendu notre fils si perturbé, et
comment était-ce arrivé si subtilement ? Est-ce que je n’avais pas
fait attention ? [18]
Son
choc évident, tel que présenté ci-dessus, ne concorde pas avec un commentaire
de son avocat, Peter Wright, lorsqu’ils tentèrent de faire condamner le
proviseur du lycée où se rendait Bink :
…Je ne crois pas que la Cour puisse continuer
les débats aujourd’hui et prendre une décision sur l’irresponsabilité
civile du Lycée dés à présent, car nous avons eu la possibilité de présenter
à la Cour la preuve d’une couverture par l’assurance, la preuve du rôle
joué par le Dr Bracey dans la pratique de ce jeu au lycée, et les actions
qu’il n’a pas entreprises, qui aurait peut-être dues êtres entreprises
pour empêcher que le jeu soit joué, parce qu’ils avaient eu connaissance
de la détresse émotionnelle grave dont souffrait ce jeune homme avant de
mettre fin à ses jours. [19]
La
confusion apparente sur ce que Mme Pulling savait ou non sur l’état émotionnel
de son fils devient de plus en plus étrange. Bien qu’elle continue à se présenter
dans les publications de BADD comme ayant été prise complètement par surprise
par la mort de son fils - dans The Devil’s Web et à la télévision -
Mme Pulling elle-même donne une version différente à des officiers des forces
de l’ordre. Pendant un séminaire donné l’Association des Inspecteurs du
Nord-Colorado et du Sud-Wyoming du 9 au 12 septembre 1986 (et rapporté dans un
« résumé du séminaire » de Larry Jones, le rédacteur de File
18), elle raconta que son fils avait manifesté des tendances « lycanthropiques »,
telles que courir en aboyant dans le jardin. [20] De plus, selon la
transcription de Jones :
[Bink Pulling] grondait, criait, marchait à
quatre pattes, et griffait le sol. Dix-neuf lapins élevés par les Pulling
furent trouvés déchiquetés dans les trois dernières semaines de sa vie,
bien qu’on n’ait jamais vu de chiens errants. On trouva un chat démembré
au couteau. Les tourments intérieurs qui conduisirent à sa mort étaient évidents,
bien qu’il ait été un jeune homme doué, normal et bien dans sa peau,
seulement quelques mois auparavant. [21]
Il
est certain que l’image d’un jeune homme si tourmenté n’est pas belle à
voir, ni que ce n’est une situation à prendre à la légère. Pourtant, la
malhonnêteté évidente de Pat Pulling à propos de la mort de son propre fils
doit-elle être vue comme une action responsable ? Dans ses déclarations
à l’intention du grand public elle réagit comme si la mort de son fils
l’avait prise complètement par surprise – comme si elle n’avait eu aucun
indice de ses problèmes. Pourtant au tribunal elle essaye de poursuivre un
proviseur pour avoir ignoré des signes de problèmes émotionnels qui étaient
présents chez son fils. Ces signes mêmes qu’elle décrit elle-même avec
d’affreux détails à des officiers de police – plus de deux ans avant de
passer chez Geraldo, et trois ans avant d’écrire son livre.
Ceci crée une
contradiction qui nous laisse deux rôles possibles pour Mme Pulling, aucun
d’eux n’étant très séduisant. Si ce qu’elle dit à Geraldo est pris
pour argent comptant, nous avons une femme qui fut vraiment prise au dépourvu
par les problèmes émotionnels de son fils et sa mort.
Cette piste cependant, nous mène aussi à la femme qui fit un procès au
proviseur pour n’avoir pas perçu les signes de troubles qu’elle-même
n’avait pas perçu.
De l’autre côté, nous avons une femme qui vit les signes de troubles émotionnels
de son fils, mais fut incapable d’y faire quoi que ce soit. Si c’est vrai,
alors Pat Pulling a menti dans les publications de BADD et lors de ses
apparitions dans les médias.
Que la perte de son fils fut une tragédie, évitable ou pas, n’est pas
un sujet de débat. Être sincère et honnête à propos de sa mort
l’est. Son empressement à dépeindre deux histoires différentes à propos de
son suicide – y compris la reproduction d’articles de journaux sur ce sujet
– indique un manque d’objectivité sur cette affaire. Cette vision
restreinte déteint sur BADD, comme si ce n’était seulement qu’à
travers la destruction des JdR et maintenant du satanisme, qu’elle pouvait
d’une certaine façon donner un sens à l’acte final de son fils.
Cette contradiction qui entoure la mort de Bink n’est pas la seule preuve de
l’absence d’objectivité de Pulling. A la fin de son livre, elle donne une
liste d’organisations pour les personnes intéressées et ayant des problèmes.
Commençant à la page 198, ces ressources comprennent sa propre organisation
BADD et continuent en donnant des explications sur qui et ce que sont vraiment
quelques-unes des organisations listées. Une ressource qui est listée sans
explications est « Radical Teens for Christ » (« Ados Radicaux
pour le Christ ») [22]
"Radical Teens for Christ"
est le « sacerdoce » de Sean R. Sellers et l’adresse est
celle à laquelle il reçoit son courrier, dans le couloir de la mort du pénitencier
d’Etat de l’Oklahoma à McAlester.
Sean est condamné pour triple assassinat ; il a assassiné un employé
d’une épicerie et, six mois plus tard, il a tué ses parents avec une arme à
feu pendant leur sommeil. Après sa condamnation, Sean devint un « chrétien
régénéré » et est très désireux d’aider d’autres enfants à
problèmes. Ses bonnes intentions mises à part, il semble incroyable que Mme
Pulling donne comme « contact » dans sa liste un sociopathe reconnu,
sans même une seule ligne d’explication dans son livre.
“Mensonges, foutus
mensonges et statistiques”
Mark Twain attribue la
citation ci-dessus à Benjamin Disraeli, mais aucun de ces deux hommes
n’aurait probablement pu rêver de la bizarre « preuve »
statistique que Pat Pulling est capable de sortir pour prouver
l’existence d’une conspiration sataniste.
En janvier 1988, Pat Pulling déclara, dans un article de Style Weekly,
qu’elle « fait une estimation basse, qu’environ 8% de la population de
l’agglomération de Richmond [Virginie] s’investit dans l’adoration
satanique à un degré ou l’autre ». Un article du Richmond News Leader
note que cela ferait en gros 56.000 personnes, « plus que le nombre de méthodistes
dans l’agglomération de Richmond, et presque la population totale du comté
de Hanover »[23]
|
[NdT 4]
channeling
: pratique
initiée par Jane Roberts, qui se considérait comme un channel
(canal) convoyant des énergies spirituelles. Les channels peuvent
entrer en contact non seulement avec des défunts mais aussi avec des esprits
extra-humains |
Dans
une interview pour cet article, Mme Pulling redéfinit « l’adoration
satanique » comme « occulte » et dit que cela incluait
« toucher à la sorcellerie et des activités New Age telles que le channeling
[NdT 4] ». Elle continua en disant qu’elle avait obtenu le chiffre de 8%
en « estimant que 4% des adolescents de l’agglomération, et 4% des
adultes, y étaient impliqués. Elle avait additionné les chiffres. »[24]
Le journaliste l’informa que cela totalisait mathématiquement 4% de la
population totale, mais elle répondit que cela n’avait pas d’importance
parce que 8% - en gros un citoyen sur douze – était probablement une
estimation « minimale » de toutes façons. Elle continua en ajoutant
que certains des corps de victimes d’homicides inexpliqués à travers le pays
pourraient être en fait des victimes de sacrifices sataniques. « Ils ont
certainement trouvé un certain nombre de meurtres non élucidés sans motifs,
n’est-ce pas ? »[25]
Un article plus ancien du Richmond Times-Dispatch mentionna : « les autorités
ont estimé que plus de 30.000 personnes à l’échelle nationale – y compris
des docteurs, des hommes de loi et d’autres professionnels – pratiquent…
une religion alternative [comme le satanisme et d’autres cultes] » [26].
Dans le même article, antérieur à la fois au calcul des 8% et à sa défense,
on cite Pulling : « Pour moi, c’est comme pour n’importe quel autre
groupe fanatique. Ils sont peu nombreux, mais ils créent beaucoup de problèmes »
[27]
A peine sept mois plus tôt, un autre article du Richmond-Times Dispatch sur
Pulling estimait le nombre de satanistes à « 300.000 à l’échelle
nationale » [28]. Il était indiqué qu’ils proviennent de « jusqu’à
quatre générations de satanistes et d’un apport constant d’adolescents
recrutés par des promesses de drogues et de sexe faciles et le summum en matière
de révolte contre le contrôle parental. « Nous avons découvert que les
gens liés au satanisme peuvent êtres trouvés à tous les niveaux de la société »
déclare Pat Pulling… « à travers le pays, des docteurs, des
avocats, des membres du clergé, de la police même, y participent. » Dans
ce même article elle fait aussi sa fameuse remarque sur les 8%, mais sans
être contestée ni corrigée.
Mme Pulling nous donne un certain nombre d’images contradictoires dans ces récits.
D’abord nous avons 300.000 satanistes à tous les niveaux de la société, (y
compris des policiers, des avocats et même des membres du clergé). Sept mois
passent et ils se voient réduits à un dixième de leur nombre originel, mais
ils comprennent toujours 8% de la population de l’agglomération de Richmond.
Là, Mme Pulling les qualifie de « peu nombreux ». Cependant plus
tard elle défend son erreur dans l’estimation de 56.000 personnes à Richmond
comme étant satanistes, en qualifiant son estimation de « prudente »
La chose importante à
noter ici est que les statistiques et les commentaires de Pulling ont tendance
à varier considérablement. Si c’était une menace distincte, une que l’on
pourrait traiter d’une manière claire, les statistiques renforceraient ses théories.
Les fluctuations dans ses chiffres, et la façon dont le degré de la menace
satanique semble varier d’une interview à l’autre, évoquent soit une
conspiration impuissante qui s’effondre, soit une conspiration fantôme qui ne
pourra jamais fournir de statistiques fiables parce qu’elle n’existe pas.
Une autre chose doit être observée sur la théorie de la conspiration que Mme
Pulling nous refourgue. Elle remarque que la police a plein de meurtres
sans mobiles dans tout le pays, et insinue que nombre d’entre eux pourraient
être des victimes de crimes satanistes. Ce faisant, elle utilise une absence de
preuves pour démontrer qu’une énorme conspiration existe et assassine des
gens.
C’est évidemment un argument fallacieux. Cette même absence de preuves peut
servir à « prouver » que les hommes-taupes qui habitent sous terre
ont perpétré ces meurtres. Le fait que les hommes-taupes n’aient pas laissé
de preuves derrière eux prouve à quel point ils savent bien rester cachés.
Qu’aucun égout ou projet de travaux publics n’ait jamais coupé leurs
tunnels prouve que les politiciens, les ingénieurs et les autres professionnels
sont de mèche avec les hommes-taupes. Bien évidemment, quiconque nie qu’il
existe des hommes-taupes est soit de connivence avec eux, soit un imbécile qui
ne voit rien venir.
|
| [NdT 5] Richard
Ramierez: tueur en série
particulièrement sadique qui assassina 14 personnes en 15 mois à partir
de 1984,mais ne laissa des symboles sataniques que sur deux victimes |
Personne
ne nierait que Richard Ramierez, le « prédateur nocturne » [NdT 5] a fait un massacre à
Los Angeles. De même, personne ne nierait que Ramierez a prétendu qu’il
sacrifiait des gens à Satan.
Personne ne nierait que des graffitis avec des pentacles apparaissent sur les
murs et les ponts dans tous les Etats-Unis. Sean Sellers prétend clairement que
ses meurtres ont étés commis au nom de Satan. Cependant, les actes isolés
d’individus, dérangés ou commettant par rébellion des actes de vandalisme,
ne créent pas une conspiration invisible.
Une fois cette limite franchie, une fois qu’un individu commence à relier des
actions et des faits disparates à l’intérieur d’un schéma
conspirationniste, toute action subséquente peut être ajustée au tableau avec
une facilité incroyable. Ceux qui croient qu’un cartel de banquiers
internationaux travaille à former un Gouvernement Mondial peuvent prendre
quelque chose d’aussi extraordinaire que l’effondrement du Pacte de Varsovie
et en faire un présage sinistre de choses à venir. Ça n’a pas de fin, tout
comme il n’y a pas de logique là-dedans, ou de preuves pour l’étayer.
Une vision magique du
monde
Dans son “Le Qui
Quoi Quand Où et Comment du satanisme adolescent », elle ajoute dans
la section du « comment » cette curieuse remarque : « DEUX
PRINCIPES DE BASE S’APPLIQUENT ICI : ‘la loi de l’Attirance’ et
‘la loi de l’Invitation ». Ce ne sont pas des lois dans un sens
juridique quelconque, ce sont des ‘lois de Magye’ et elles régissent le
surnaturel de la même manière que les lois de la thermodynamique régissent
notre réalité physique. Cela ne fait aucun doute, Patricia Pulling croit avec
ferveur que les diables et les démons, non seulement existent, mais peuvent être
invoqués et utilisés pour produire des effets physiques dans notre monde.
Ce système de croyance pourrait aisément être rejeté en tant que manie
inoffensive, mais ce n’en est pas une. La loi ne reconnaît pas l’existence
de la magye parce qu’il n’y a pas de preuve que la magye existe ou soit un
moyen d’accomplir quoi que ce soit dans le monde. Si la loi devait
reconnaître la magye comme une force dans notre monde, toute personne qui
aurait jamais lancé une fléchette sur un portrait de Khadafi pourrait être
inculpé de tentative de meurtre – et si la magye était une force dans
le monde réel, cet homme serait décédé depuis longtemps de blessures
magiques multiples causées par les fléchettes.
Bien sûr, une majorité de citoyens des Etats-Unis croient au Paradis et à
l’Enfer, en Dieu, aux anges et au Diable, mais les individus qui expliquent
les évènements par une vision magique du monde vont bien plus loin que cela. Au XIXème
siècle, pour s’éloigner un moment d’un cadre chrétien fondamentaliste,
les Indiens d’Amérique croyaient avec ferveur que lorsqu’ils pratiquaient
la danse des Esprits, les dieux viendraient les aider à balayer l’homme blanc
de la surface du continent. En Chine, pendant la révolte des Boxers, certains
Chinois croyaient qu’un ensemble précis d’exercices les immuniseraient aux
balles occidentales.
Dans aucun de ces cas, bien que les pratiquants fussent convaincus que leur
vision du monde était la Vérité entière et absolue, la magie n’a pas
atteint ses buts. Les indiens ont quand même fini dans des réserves. Les
Boxers mouraient quand on leur tirait dessus. Jeter une fléchette sur un
portrait de Khadafi ne l’a pas tué, pas plus que le fait de brûler
l’effigie de Reagan à Tripoli n’a tué l’ancien président.
Très clairement, on devrait à tout prix éviter de mélanger le surnaturel
avec le maintien de l’ordre. Il est vital d’être circonspect envers
une vision magique du monde, surtout lorsqu’elle s’applique à une enquête
criminelle. La raison de cette prudence est simple : quand on commence à
chercher de la magye et du symbolisme, on en voit partout.
Plus bas, dans la partie concernant la supposée expertise en jeux de rôles de
Mme Pulling, celle-ci proteste parce qu’un jeu de rôles, Tunnels
& Trolls, nécessite l’utilisation de trois dés à six faces lors de
la création de personnage, créant la possibilité de la combinaison 6,6,6
[29]. C’est le fameux « nombre de la bête » des Révélations,
mais dans le jeu de rôles, un triple six est vu comme un 18, et est considéré
comme un score élevé. En d’autres mots, pour les rôlistes, la
combinaison n’est pas 6,6,6 mais 18, et est utilisé sans plus de
signification que cela.
Toutefois, la manipulation
des symboles peut devenir perverse. Le nombre 18 est évidemment composé
de 6+6+6. Pour cette raison, 18 peut être vu comme une « abréviation »
du « nombre de la bête ». Dans une veine semblable, le nombre 29
peut être vu comme une paire de 9, ou deux neufs, qui additionnés font 18, qui
après tout est 6,6,6. Et ainsi de suite.
|
| [NdT 6]:
Natas Kaupas,
d’origine lithuanienne, pionnier du skateboard acrobatique, créa sa ligne d’articles de sports. |
Il
est certain que c’est le pire de la logique emberlificotée, mais la logique
embrouillée et tordue est tout ce que nous avons à traiter dans ce cas.
C’est la même sorte de logique qui voit des équipements de skateboard avec
le mot « Natas » dessus, et établit que ce mot est en réalité
« Satan » écrit à l’envers. Bien que ce soit vrai, Natas (la
forme masculine de Natasha) se trouve être le prénom du créateur de ces
équipements [NdT 6].
C’est un prénom assez commun en Europe Orientale, d’où vint la famille de
ce créateur.
C’est cette même sorte de logique qui peut déduire toutes sortes de choses
sinistres à partir du fait que le questionnaire de Pulling a 13 questions.
Treize est le nombre de personnes qui participent à un réunion de sorcières,
donc c’est un nombre diabolique. Bien que ce ne soit probablement qu’une coïncidence
que le questionnaire de Pulling ait 13 questions, le fait qu’une question soit
répétée deux fois pourrait paraître plutôt suspect.
Et ainsi de suite.
Un des aspects les plus dangereux d’une vision magique du monde est qu’elle
repeuple notre monde avec des démons qui peuvent nous forcer à faire des
choses que nous ne voulons pas. En conséquence, les adultes n’ont plus à
faire face à leurs responsabilités ou à celles de leurs enfants turbulents.
Bien qu’il y a environ vingt ans, la réplique « le diable m’a poussé
à le faire » faisait rire, maintenant c’est considéré comme une défense
pour le meurtre, une excuse pour le suicide, et une protection contre les
punitions pour une quantité d’autres crimes.
Pire que tout : cette vision magique du monde amène avec elle un pharisianisme
fanatique qui déborde en accusations de complicité avec le diable
lorsqu’on la conteste. Douter de l’existence du satanisme et d’une
conspiration n’est pas seulement douter des preuves de ceux-ci. Ce n’est pas
simplement mettre en doute la parole d’un témoin sur des sacrifices dont on
ne peut trouver aucune trace. Dans la vision magique du monde, le simple fait de
douter devient un acte de trahison envers Dieu. Mettre en question l’existence
d’une conspiration sataniste mondiale signifie que le sceptique est soit un
membre haut placé de cette conspiration venu répandre la désinformation, ou
bien une pauvre, pitoyable et ignorante victime de cette conspiration.
Une vision magique du monde
permet à une personne de voir des corrélations qui n’existent pas entre des
choses. Elle donne du pouvoir à des choses qui ne peuvent être contrôlées
et, en conséquence, on n’a plus à assumer la responsabilité de ses actions.
Elle crée un cocon de suffisance autour d’un croyant, qui le protège de
tout fragment de réalité qui pourrait le déranger. Enfin, elle place
quiconque ose contester leurs croyances dans le camp de l’Ennemi, dans
une sorte de lutte cosmique entre le Bien et le Mal.
|
| [NdT 7] comme dans le conte où deux tailleurs escrocs vendent à l’empereur un vêtement
« très très fin », inexistant même. Lors d’un défilé, seul
un petit garçon dans la foule dénonce l'imposture. |
En
réalité, une personne qui conteste l’existence d’une conspiration
satanique est simplement en train de faire remarquer que l’empereur est nu [NdT 7]. Dans ce cas, on peut comprendre pourquoi les tailleurs
se fâchent et insinuent que la personne qui les dénonce est un instrument du
diable. La question revient alors à savoir si la foule croira l’évidence
qu’elle a devant elle, ou si elle gobera les fantasmes des tailleurs.
“Témoin expert”
Dans son livre The
Devil’s Web, elle dit avoir témoigné dans de nombreux procès et en cite
trois qui se détachent dans sa mémoire. « mon rôle a été
l’instruction du jury, expliquer aux membres du jury le jeu de rôles Dungeons
& Dragons et comment on y joue» [30]. Il est plutôt effrayant
qu’elle ait pu être engagée pour témoigner dans une cour de justice comme
experte en JdR. La seule consolation qu’on puisse trouver à cela est que, au
moins dans les trois affaires qu’elle cite, ceux pour qui elle témoignait à
décharge [NdT : en invoquant l'excuse "le JdR l'a poussé au crime"]
furent reconnus coupables et
condamnés à mort ou à la prison à vie sans libération conditionnelle.
Mme Pulling écrit dans son livre: “Un certain nombre d’autres jeux de rôles
d’Héroïc-Fantasy existent, et la plupart sont des imitation de Dungeons
& Dragons. Quelques-uns des plus populaires sont Tunnels & Trolls,
The Arduin Grimoire, Runequest, Empire of the Petal Throne,
Nuclear Escalation, Traveller, Boot Hill, Demons, The
Court of Ardor, Melee & Wizard, Metamorphosis Alpha, et Gamma
World. »[31]
Tunnels & Trolls
est toujours édité [en 1990] et a même été numérisé. Des versions de ce
jeu ont été traduites en français, allemand, italien et japonais. T&T
contient un système de magie, mais ne contient ou ne sous-entend pas
d’aspects religieux. Ce JdR est disponible depuis 1975, a connu cinq éditions,
mais a vu ses ventes diminuer depuis 1985. Son principal titre de gloire se
trouve dans sa gamme d’aventures solos, destinées à être jouées par un
seul joueur (je me suis retrouvé participer à T&T via la gamme des
aventures solos et j’ai écrit six aventures pour ce système). Le principal
reproche de Pulling envers T&T est que « dans ce jeu vous
obtenez votre personnage en jetant 3 dés à six faces (6,6,6)… » [32]
The Arduin Grimoire
est un ensemble de suppléments non-officiels pour D&D, écrits par
Dave Hargraves. La société de Hargraves a fait faillite vers le milieu des années
80, mais un éditeur du Texas a continué à imprimer ses œuvres et sortit ses
livres au fur et à mesure qu’ils les écrivait. Hargraves est mort en 1988 et
une société de San Francisco a envisagé de les rééditer [vers 1990]. La
diffusion maximale de Arduin advint au début des années 80, mais à
cause de la violence dépeinte dans ce JdR, la plupart des magasins ne le
stockent pas et ne le vendent pas. Probablement 30.000 exemplaires au plus de
ces livres ont étés imprimés, et il n’y a aucune traduction à ma
connaissance.
Runequest
est l’un des JdR les plus populaires et fut le premier à rompre avec le
concept de « niveaux » pour mesurer la progression des personnages.
Il a été traduit en plusieurs langues, mais les ventes annuelles ont chuté
depuis 1986 quand l’éditeur Avalon Hill a repris la publication à Chaosium. Runequest
souffre également, d’après Pulling, de l’utilisation de 3 dés à six
faces pour la création de personnages (6,6,6) [33]
Empire of the Petal
Throne fut publié à
l’origine par TSR. Il devint épuisé au début des années 80, puis réapparut
chez Gamescience en 1983. Ce JdR est virtuellement inconnu en 1990 et difficile
à trouver dans les magasins de jeu.
Nuclear Escalation
n’est pas du tout un jeu de rôles. Je le sais parce que j’ai aidé à développer
cette extension au jeu de cartes Nuclear War. C’est un autre jeu de
cartes. Pulling le rajoute dans la liste de Primer sur la foi
d’une publicité dans un magasine non mentionné. Le texte qu’elle en a
extrait contient la phrase « jeu de cartes Nuclear Escalation »
[34]. (Ayant écrit moi-même la publicité au départ, je me suis assuré que
le jeu soit bien perçu comme un jeu de cartes).
Traveller
est un jeu de rôles de Science-Fiction, publié par GDW. Ce JdR a évolué et
est reparu [vers 1990] sous le nom de Megatraveller, Traveller 2300 étant
un autre titre de la gamme. Ce JdR ne parle ni de magie, ni de religion,
bien que l’occasionnelle capacité psionique (Perception Extra-Sensorielle, télépathie,
etc.) puisse être perçue comme démoniaque par certains. C’est un JdR très
populaire.
Boot Hill
était un JdR de western édité par TSR. Il est épuisé depuis le milieu des
années 80. [35]
Demons
était un petit jeu de plateau de SPI. Il apparut en 1980/81 et est épuisé
depuis 1982. SPI fut plus tard racheté par TSR, qui n’a pas ressorti ce jeu.
The Court of Ardor
n’est pas un jeu de rôles, mais un scénario pour le JdR Middle Earth Role
Playing [MERP - traduit sous le nom de JRTM, le Jeu de Rôles de
la Terre du Milieu], un jeu de rôles d’après l’univers du Seigneur
des Anneaux de J.R.R. Tolkien. Il ne peut être utilisé qu’avec les règles
de MERP ou avec celles d’un autre JdR après d’importantes
adaptations.
Iron Crown Enterprises l’a publié pour la première fois en 1983 et c’était
l’aventure la plus difficile/haut niveau éditée pour ce système de jeu. Il
est épuisé depuis 1988 et il n’y avait pas en 1990 de projet de réimpression.
Melee & Wizard
sont en fait deux jeux : Melee était un jeu de combat à l’échelle
homme contre homme et Wizard était un jeu de duels magiques. Les deux
pouvaient être combinés pour des batailles à plus grande échelle. Conçus
par Steve Jackson, ils furent publiés par Metagaming. Ils sont épuisés depuis
la faillite de Metagaming en 1983.
Metamorphosis Alpha
et Gamma World étaient deux produits de TSR sortis à la fin des années
70 et au début des années 80. MA est épuisé, bien que Gamma World ait
eu une nouvelle édition en 1986. Gamma World a été ressuscité en tant
que Gammarauders, mais les deux JdR n’ont guère plus que le concept en
commun.
Sur les treize jeux de rôles de la liste de Pulling:
5 sont épuisés
5 sont en déclin important
2 ne sont pas du tout des jeux de rôles
1 est encore populaire, mais sous un nom différent
Un sur treize est un score plutôt bas pour une « experte en JdR »
auto-proclammée.
L’expertise en JdR de Mme Pulling se termine apparemment en 1983 car tous les
titres qu’elle liste dans son livre de 1989 furent édités avant, et aucun de
ceux qui sortirent après ne sont couverts ou même mentionnés à l’exception
ci-dessous près.
Mme Pulling continue sa liste de JdR dans The Devil’s Web en écrivant :
« En Angleterre, un jeu de rôles fantastique se joue par courrier. Un
titre de journal indique ‘des enfants envoient des meurtres dans le
courrier’… le jeu s’appelle It’s A Crime, et les détails ont étés
envoyés à des foyers dans toute l’Angleterre »[36]
Ce que Mme Pulling – “l’experte en JdR » ne réussit pas à
comprendre, est que It’s A Crime est un jeu créé et toujours joué
ici aux Etats-Unis. Il est disponible depuis 1985 et est vendu par Adventures By
Mail – une société de New-York. Le but du jeu est de constituer une
organisation criminelle, ce qui n’est pas un sujet particulièrement
attractif, mais It’s A Crime a connu un suivi modeste depuis ses débuts.
|
| [NdT 8]: en août 1987, Michael Ryan,
27 ans, tua 16 personnes et en blessa 14 autres à Hungerford,
avec des armes qu’il collectionnait. Il déclara, avant de se suicider, avoir
été inspiré par les films violents du type Rambo |
Elle continue, définissant Further into Fantasy comme un « jeu de fantasy
par correspondance populaire en Angleterre ». Elle le relie au cas de
Michael Ryan, un jeune homme qui fit une fusillade meurtrière en Angleterre. [NdT
8]
Ce qu’elle ne sait pas est que le jeu était très petit, n’eut pas plus de
deux douzaines de joueurs, et était mené par deux Suédois en Écosse. Le jeu
s’effondra après l’affaire Michael Ryan et les Suédois quittèrent le
pays. Aucune accusation d’aucune sorte n’a été portée contre eux et
personne – à part « l’experte en JdR » Pat Pulling n’a supposé
que la participation de Ryan à ce jeu avait quoi que ce soit à voir avec sa
folie.
Pat Pulling a-t-elle jamais joué à
un Jeu de Rôle ?
Pat déclare
avoir passé "plusieurs heures par jour, tous les jours pendant un
mois"[37] à apprendre comment jouer à Dungeons
& Dragons®. Toutefois, sa compréhension du JdR est médiocre,
comme on peut le constater en parcourant ses écrits. Ou plutôt, dans le cas de
la section Comment joue-t-on au JdR?
de The Devil’s Web, en parcourant ce qu'elle a réécrit.
Les citations suivantes
proviennent de deux sources : The
Devil’s Web, le livre de Pat Pulling et le document légèrement
diffamatoire (selon les rôlistes), la
lettre de Darren Molitor. La lettre de Darren Molitor fut publiée dans les
brochures du BADD et a même fini, sous sa forme électronique, par être diffusé
sur Internet par un groupe nommé "Les Ordinateurs pour le Christ".
Les extraits sont repris ci-dessous pour comparaison. Vous pourrez constater que
les textes de The Devil’s Web ressemblent
beaucoup à ceux dont il sont issus. Mais rien dans les modifications apportées
ne laisse supposer que Pat Pulling ou sa co-rédactrice Kathy Cawthon aient eu
une vraie compréhension des jeux de rôles.
The
Devil’s Web :
Le jeu de rôles
lui même a pour cadre le moyen-âge. Chaque joueur est seul responsable des
actions de son personnage, et tous les joueurs sont dirigés par le Maître du
Donjon. La partie commence lorsque chaque participant lance six fois les dés.
Chacun utilise alors les six nombres obtenus pour définir les caractéristiques
de son personnage (basées sur la force, l'intelligence, la sagesse, la constitution,
la dextérité et le charisme). S'il le souhaite, il peut ensuite faire un
nouveau tirage pour déterminer la taille de son personnage, après quoi il
lui choisit une race (elfe, nain, etc…), une classe (profession) et un
alignement (attitude ou vision du monde).[38]
La lettre de
Darren Molitor:
Le jeu s'appelle
"Dungeons & Dragons", et c'est un jeu de rôle médiéval-fantastique.
Comme le titre permet probablement de le deviner, il se passe à l’ère médiévale
de notre histoire. Comme c'est un jeu "fantastique", tout y est
possible, et un jeu "de rôle", ce qui veut dire que vous y agissez
comme si vous étiez un personnage de cette époque, comme un acteur sur la scène.
Mais le joueur n'agit pas physiquement. Tout est joué ou imaginé dans sa tête.
Et vous, en tant que joueur, êtes le seul responsable des actions de votre
personnage, ou de vos personnages. Vous le contrôlez totalement. Ses actions,
paroles, émotions, pensées. Vous contrôlez tout ce qui concerne ce
personnage.
Pour obtenir un « personnage », le joueur doit d'abord lancer
trois dés à six faces.. Ajoutez les chiffres obtenus, et notez le total. Un
joueur effectue six fois ce tirage, avant de classer les nombres ainsi obtenus
entre les six caractéristiques de son personnage. Les six caractéristiques
sont la force, l'intelligence, la sagesse, la constitution, la dextérité et
le charisme. Ces caractéristiques forment le "cœur" de votre
personnage. Ensuite, le joueur peut effectuer un nouveau tirage pour déterminer
sa taille et son poids, ou le choisir directement. Le joueur choisit une race
pour son personnage, une classe, qui constitue sa profession, et son
alignement, qui est l'attitude du personnage, ou sa vision du monde.[39]
The Devil’s Web:
La principale
responsabilité [du Maître du Donjon] est de créer une aventure (ou
donjon) pour les personnages. Des livres contenant des donjons tout
faits sont disponibles, mais la plupart des MD préfèrent créer leurs
propres donjons. Il doit inventer les décors que les personnages pourront
traverser au cours de leur aventure, le climat, les odeurs, les monstres et le
trésor. Il faut compter de 36 à 48 heures de travail pour cela. Une femme a
mis fin à sa carrière professionnelle pour devenir MD à plein temps ; elle
vit entièrement à la charge de ses joueurs de D&D.[40]
La lettre de
Darren Molitor:
Comme vous
pouvez l'imaginer, le MD a beaucoup de responsabilités. Par exemple, le MD
doit créer une aventure (ou donjon). Il existe de nombreux livres appelés
"modules" avec des donjons tout faits, mais en majorité, le MD les
crée lui-même. Il doit créer les paysages (intérieurs, extérieurs,
souterrains), les personnages nombreux et variés que les joueurs pourraient
rencontrer, la température, l'odeur, les monstres et le trésor. C'est un
processus très long et laborieux, le donjon moyen prenant entre 36 à 48
heures de travail. Il existe un cas recensé de jeu de rôles où le DM, une
femme, a quitté son travail pour ne rien faire d'autre que de créer et préparer
un donjon pour ses joueurs. Elle a créé un pays entier. Les joueurs du
groupe subviennent à ses besoins vitaux. Ils payent pour sa maison, ses
courses, ses factures, etc.[41]
La première
partie du texte de Darren Molitor est une description exacte, quoique
maladroite, de la création de personnages dans D&D, bien que celle-ci puisse également s'appliquer à de
nombreux jeux de rôles. La version présentée par Mme Pulling n'est rien de
plus qu'un résumé du texte de Molitor. Un résumé non seulement dépourvu de
tout commentaire éditorial ou recherche supplémentaire, mais qui conserve la
structure décousue, « écriture automatique », du texte
original.
Dans un échange de lettres en 1990, j'ai demandé à Darren Molitor s'il savait
que son texte était toujours en circulation. Sa réponse a été : "J'ai
du mal à croire que ma 'lettre' est toujours diffusée à travers le
pays."[42]
Il indique ensuite :
Lorsque je l'ai écrite, j'étais sous forte pression et
complètement désorienté par l'attente de mon procès. Mes mots ont peut-être
un peu dépassé ma pensée.
…Bien que je ne pense plus que le jeu de rôles soit aussi dangereux pour
tout un chacun qu'il l’a été pour moi, je pense toujours qu'il peut être
nuisible dans des circonstances particulières.[43]
Pat Pulling
n'est pas au courant du changement d'opinion de Darren Molitor sur les dangers
du jeu de rôles, ou elle n'en laisse rien paraître. Dans The Devil’s Web, elle affirme : « Aujourd'hui, depuis sa
cellule de prison, Darren travaille dur pour avertir les gens des dangers des
jeux de rôles fantastiques ».[44] Dans le même temps, Darren Molitor,
toujours dans sa cellule, est surpris d'apprendre que sa lettre circule
toujours.
Même s'il est effectivement
possible de se montrer incroyablement prodigue de son temps pour la construction
de son univers de jeu, la situation n'est pas aussi tranchée que voudrait le
faire croire Pat Pulling. Le total des heures réellement passées ferait sans
doute paraître ridicules les chiffres donnés ci-dessus, même si c’est le
temps passé à la fois à jouer et une ou deux heures grappillées ici et là.
La première aventure qu’un rôliste
créerait pourrait prendre 10 ou 12 heures à fignoler mais très peu de
personnes ont assez de jugeote pour en faire un travail à temps plein. Avec
l'expérience, le temps de préparation diminue et quelques-uns, moi y compris,
maîtrisent leurs parties sans filet – sans aucune préparation.
Oui, le jeu de rôles peut être un vrai dévoreur de temps, mais à quel loisir
cette critique ne s'applique-t-elle pas ?
Il serait erroné de suggérer que la seule manière pour un docteur de soigner
une maladie soit de survivre lui-même à une exposition à cette maladie. D'un
autre côté, on attend d'un expert en jeu de rôles qu'il en ait une certaine
compréhension, et il n'y a pas grand monde qui soit capable de comprendre
toutes les nuances et aspects du JdR sans y avoir joué soi-même. D'ailleurs,
Pat Pulling confirme que son expérience est limitée., "Je l’admets, je
n'y ai joué que pendant peu de temps."[45]
En se contentant de lire les règles des échecs et d'apprendre comment les pièces
se déplacent, on ne comprendrait pas ce jeu aussi bien qu'en y ayant joué à
plusieurs reprises. Un mois passé à jouer aux échecs ne ferait certainement
pas de vous un "expert", et encore moins un "expert" de tous
les jeux apparentés. Comment Pat Pulling peut-elle se proclamer
"experte" en jeux de rôles, avec si peu d’expérience et si peu de
compréhension des JdR ?
Résumé
Considérant le dégoût et la
crainte que lui inspirent les jeux de rôles, on comprend la réticence de Mme
Pulling à y jouer ou à en acquérir une meilleure connaissance. Mais pourquoi
cette crainte l'a-t-elle empêchée de se tenir au courant de l'évolution des
JdR produits et distribués actuellement, tant aux USA que dans le reste du
monde ? Pourquoi s'est-elle bien gardée de faire une étude de marché ?
Pourquoi cite-t-elle, dans un livre récent, des JdR qui ne sont plus
disponibles ? Pourquoi ne parle-t-elle pas les dernières tendances du jeu de rôles,
qui comprennent aujourd'hui une approche multi-support, avec des romans et des
jeux vidéos produits parallèlement à l'original papier ? Pourquoi n'a-t-elle
jamais mentionné la série des romans Dragonlance ? Basés sur une campagne de Dungeons & Dragons, ils ont fini dans la liste des best-sellers
du New York Times. Mais Mme Pulling les ignore royalement.
Il est clair que Mme Pulling n'est pas
une experte en jeux de rôles. Elle a pris pour parole d'Evangile les déclarations
d'un jeune déséquilibré inculpé de meurtre, et leur a donné son imprimatur.
Bien plus, elle lui attribue le rôle d'un adversaire zélé des JdR, complètement
à l'opposé de son opinion réelle. Comme l'écrit Darren Molitor : "Honnêtement,
je dois avouer que j'ai trois livres d'AD&D avec moi ici [en prison] (j'ai perdu mes dés) parce que je
ne peux pas m'en séparer."[46]
Son statut "'d'experte" en jeux de rôle pourrait sembler sans rapport
avec sa position d'experte en crimes de sectes satanistes. Même sans tenir
compte du fait que c'est la mort de son fils dans une affaire liée au JdR qui
l'a lancée dans cette carrière, son comportement dans ce dossier projette une
image inquiétante de sa méthode et de ses stratégies. Les techniques qu'elle
utilise pour condamner les jeux de rôles sont loin de donner confiance en sa
capacité à mener en toute impartialité des enquêtes sur des crimes liés à
l’occulte.
Nous l'avons vu fabriquer des preuves en manipulant des coupures de journaux.
Elle a reproduit des textes sans rien comprendre de leur sens. Elle a créé des
documents qui, s'ils sont utilisés conformément à ses attentes, peuvent être
à l'origine de rapports erronés ou trompeurs pour les forces de l’ordre.
Elle invoque une expertise qu'elle n'a pas, tout en ne faisant aucun effort pour
se tenir au courant. Ses "enquêtes" ne sont rien de plus que la réimpression
d’articles de journaux, ou des bavardages avec des jeunes gens perturbés et
effrayés, emprisonnés pour des crimes graves. Elle attache également une
importance démesurée à des détails insignifiants, voire même erronés, puis
commence à broder à partir d’eux. Quand on lui signale une erreur, elle la
justifie en disant qu'elle a été "prudente"
The Devil’s Web
Le livre de Patricia Pulling est un monument d'irrationalité et de médisance.
Aucune source n'est citée, même si elle comporte une bibliographie. Un nombre
incroyable de cas sont présentés avec de vagues détails et des pseudonymes,
de sorte qu'il est impossible de vérifier
les "faits" présentés. La plupart des textes sont vaguement réécrits
à partir de tas de documents de BADD, ou utilisent des reproductions de
coupures de journaux. Si ce n'était pour la magistrale démonstration de
l'incompétence de Pat Pulling, ce livre serait totalement insignifiant.
Dès les premières pages, le lecteur
découvre quelle sorte de talent de déduction l’a aidé à convaincre l'Etat
de Virginie de lui attribuer sa licence de détective :
J'ai demandé [à
une vendeuse] où je pourrais trouver un [meneur de jeu pour lui enseigner D&D],
et elle m'a montré un panneau plein
d’annonces de personnes qui voulaient devenir Maître de Donjon et d'autres
qui voulaient rejoindre un groupe de jeu.
Cela avait l'air plutôt compliqué, et en tant qu'adulte,
j'avais assez de bon sens pour ne pas appeler un inconnu et lui demander de
jouer avec moi à un jeu dont je ne connaissais rien. A la place, je me suis
rendue dans un lycée de la région et j'y ai traîné jusqu'à ce que je repère
un groupe de jeunes garçons qui portaient des livres "Dungeons & Dragons" sous le bras. [47]
Où est la
logique dans le fait de chercher à rencontrer un inconnu de visu plutôt que de l’appeler pour apprendre à jouer ?
Les inconnus sont des inconnus et quitte à en rencontrer un pour enquêter
sur un jeu étrange, ou sur n'importe quoi d'étrange, il vaut mieux être en sécurité
à l'autre bout d'une ligne téléphonique plutôt que directement en face de
lui.
Encore une fois, Pat Pulling prend pour parole d'évangile les déclarations de
sources qui sont, au mieux, douteuses.
Dans The Devil’s Web, on la voit
photographiée serrant la main de Henry Lee Lucas, un
tueur en série qui a revendiqué à plusieurs reprises, le meurtre de plus de
360 personnes. Mme Pulling écrit :
"J'ai
été stupéfaite de la précision avec laquelle Henry Lee Lucas (qui est
presque illettré, et n'a guère plus que le niveau brevet) rapporte sa prétendue
implication dans le culte [de la Main du Diable]. Il a décrit des rituels et
une méthodologie qui ne pouvaient être connues que d'une personne ayant
participé aux activités de la secte."[48]
Il y a deux
erreurs dans ce raisonnement. D'abord, Mme Pulling est manifestement persuadée
que les livres [NdT : occultes, comme le Necronomicon évoqué
ci-dessus] ou la participation active aux cultes sataniques sont les seuls
moyens d'en connaître les rituels. A l'évidence, n'importe quel film de série
B montrant des rituels sataniques aurait pu fournir à Henry Lucas suffisamment
de matière pour ses histoires de meurtres rituels.
|
| [NdT 9] spectaculaire et très long procès pour
pédophilie, similaire à l'affaire d'Outreau. Il n'aboutit à aucune condamnation; les souvenirs
d'abus des enfants ayant sans doute été créés par les techniques
d'interrogation de l'époque. |
Ensuite, et bien
pire, Henry Lucas est revenu sur la plupart de ses aveux. Il a insisté à
plusieurs reprises sur le fait que la police l'avait conduit sur les différents
lieux des meurtres et lui avait soufflé ses souvenirs de meurtres particuliers.
Avec ce « tutorat », qui ressemble beaucoup à celui des enfants
dans l'affaire McMartin [NdT 9], il a bien sûr pu donner des détails connus du seul
meurtrier. De plus, l'immense majorité des articles traitant de Lucas et de son
affaire ne mentionnent pas le Culte de la Main de la Mort.
L’engouement de Pulling pour les preuves douteuses ne
s’arrête pas avec Lucas :
La question des "réseaux
sataniques organisés" revient régulièrement dans les différents séminaires
et conférences où je prends la parole. A ce jour, il n'y a peut être pas
suffisamment d’informations ou de preuves pour affirmer sans l'ombre d'un
doute que de tels réseaux existent. Toutefois, il est indubitable que les
occultistes non-criminels forment des réseaux grâce aux ressources
d'Internet . Si des occultistes purs et durs forment de tels réseaux, il
serait très naïf de notre part de supposer que les cultes criminels
dangereux ne font pas de même.
Un autre exemple de réseau possible découvert il y a quelques années. J'ai
reçu, dans une enveloppe en papier kraft, un document dont je n'ai jamais révélé
l'existence avant l'écriture de ce livre. Ce long rapport était écrit sur
les formulaires de rapport d'enquêtes gouvernementaux, et les informations
qu'il contenait étaient effrayantes.
Ce rapport, signé et daté du 10 avril 1975, est résumé ici [et concerne
les mutilations de bétail].
L‘enquêteur avait découvert qu'il existait un schéma
constant dans les cas de mutilation de bétail (plus de cent dans une zone
couvrant huit états). Dans la plupart des cas, l'animal a été découvert au
milieu d'un champ ouvert et certaines parties de leurs corps avaient été
enlevés chirurgicalement (yeux, oreilles, lèvres, langue, pis et organes
sexuels) Dans nombre de cas, les animaux avaient été vidés de leur sang,
dans quelques-uns, les vétérinaires ont été incapables de déterminer la
cause de la mort. Dans presque tous, il n'y avait aucune trace sur le sol près
des corps, et ni taches, ni traînées de sang [49].
Le problème évident
dans ce court extrait, et dans tous ceux reproduits entre les pages
56 et 63, c'est que les faits donnés sont absolument invérifiables.
Dans un livre publié en 1984, Mute
Evidence (« les
preuves muettes »), Daniel Kagan et Ian Summers réfutent toutes les
explications sinistres aux mutilations de bétail. Dans un ouvrage exhaustif –
à l'origine concernant les mutilations d'origine extra-terrestre, mais qui
n'est pas sans rapport avec celles d'origine prétendument satanique – les
auteurs montrent que ces mutilations n'ont
pas d'origine plus inquiétante que des charognards s'attaquant des animaux égarés
et morts plusieurs jours avant leur découverte.
Cette construction d'un mythe urbain (les mutilations de bétail) sur un autre
mythe urbain (la Conspiration Satanique) pour créer la "preuve" d'une
réalité terrifiante est une technique fascinante qui étend
le marché ciblé par la
Croisade Sataniste. Quiconque avait entendu parler des histoires de mutilation
de bétail et avait été intrigué, a maintenant une nouvelle explication : les
Cultes Sataniques. Au lieu de soucoupes volantes enlevant le bétail des pâturages
pour le mutiler sans laisser de traces, nous avons des adorateurs du démon qui
utilisent pour cela des hélicoptères ou des sélectionneurs. Alors qu'un grand
nombre de gens sensées avaient ridiculisé l'explication des mutilations de bétail
par les OVNI, ces charognes sont maintenant
au centre d'une guerre entre Dieu et Satan, leurs dépouilles devenant la
preuve du caractère insidieux du complot satanique.
On peut alors se demander pourquoi les Satanistes ne font pas disparaître les
animaux morts comme ils disposent des corps de leurs supposées victimes
humaines non signalées. Si la Cabale Satanique est tellement prudente, se
moquent-ils du monde avec ces tueries de bétail ?
Les hauts faits et les alliés
L'odyssée de Pat Pulling à
travers les horreurs des crimes sataniques lui a permis de rassembler une
galerie de personnages très intéressants. Ci-dessous, nous avons regroupé les
portraits des plus importants d'entre eux. En effet, Pat Pulling se base fréquemment
sur eux et les informations qu'ils lui donnent lui permettent de renforcer ses
convictions sur les crimes liés à l’occulte.
Cassandra "Sam" Hoyer
Cassandra "Sam" Hoyer
prétend avoir été éduquée en Nouvelle Angleterre pour devenir la Grande Prêtresse
d'un culte satanique. Elle est apparue avec Pat Pulling dans une émission sur
le satanisme de la radio KFYI à Phoenix à l'automne 1987.
Dans un article d'un magazine d'information, Sam déclare avoir été donnée
par sa mère au culte, à l'âge de trois ans. Elle était née
"physiquement sans défaut, et ainsi jugée convenable pour Satan. Sa sœur
jumelle avait un pied malformé. Elle a été assassinée pendant une cérémonie"[50].
Sur les ondes de KFYI, Sam a développé cette idée, expliquant qu'elle avait
été éduquée jusqu'à l'âge de 17 ans pour devenir Grande Prêtresse. A ce
moment, elle avait été envoyée dans le monde, bien qu'elle ait assisté à de
nombreux meurtres. Elle a affirmé avoir mangé partiellement quelques morceaux
du corps de sa sœur après son assassinat.
Dans une chronique du Richmond News Leader, elle a déclaré qu'à l'âge de 9
ans : "J'ai été rituellement brûlée, et je suis l'une de celles qui
n'en sont pas mortes. Par la grâce de Dieu, je n'ai pas brûlé, et cela
signifiait que j'avais été choisie pour devenir la grande prêtresse de Satan
quand j'aurai 42 ans." [51]
[Note : Dieu fait la sélection pour Satan!] Elle a aussi affirmé avoir été
torturée et violée pendant 16 ans, après quoi on l'aurait hypnotisé pour lui
faire tout oublier. "Quand j’ai eu 39 ans, ils essayaient de rentrer dans
ma conscience."[52]
Dans un autre article, le psychiatre de Cassandra Hoyer a déclaré qu'elle
souffrait du syndrome de "Personnalités Multiples".[53] L'article
poursuit en relatant que Mlle Hoyer avait découvert être la victime d'un culte
satanique pendant qu'elle suivait une analyse ces dernières années.
L'émission de KFYI permettait aux auditeurs d’appeler et de poser des
questions aux invités. La question la plus révélatrice fut celle d'un
auditeur qui voulait savoir "Est-ce que les satanistes croient en une vie
après la mort ?" - "Oh non, je ne crois pas…" Et c’est une
femme formée pour devenir une Grande Prêtresse qui dit ça ?
Il n'y a vraiment pas besoin d'aller traîner du côté du conclave des
cardinaux ou d'être diplômé du grand séminaire pour connaître la réponse
que les catholiques donnent à cette question. Comment se fait-il qu'une femme
ayant été formée pour conduire des sacrifices soit incapable d’y répondre?
|
| [NdT 10] Bob
Larson est un radio- télé- évangéliste américain. Il anime entre autres
le « Bob Larson Ministry » et se définit lui-même comme un « spécialiste
des sectes, de l’occultes et des phénomènes surnaturels » |
Même Bob Larson,
un prêcheur radiophonique connu [NdT 10], a déclaré que les satanistes passaient l'éternité
en compagnie de Satan. Ainsi, au moins un "expert" –ès cultes
sataniques prétend que les satanistes
croient en une vie après la mort.[54] Dans une situation ou une
réponse au hasard avait 50% de chances de tomber juste, Mlle Hoyer a
reculé devant l'obstacle.
Et pourquoi, si Cassandra Hoyer est tellement terrifiée à l'idée que les
satanistes la retrouvent, insiste-t-elle tellement pour raconter son histoire en
public, en faisant savoir qu'elle vit à Richmond depuis neuf ans ? Si ces
satanistes sont si forts pour faire disparaître toutes leurs autres victimes,
comment Mlle Hoyer s'en est-elle tirée ? Une conspiration de docteurs,
d’hommes de lois et d'hommes d'église aurait-elle été incapable de
dissimuler sa mort ou de la faire passer pour un accident ?
Selon l'avis même de son
analyste, Mlle Hoyer est une femme très malade. Exploiter sa maladie est
malsain.
Darren Lee Molitor
Darren Lee Molitor a assassiné Mary Towey en nouant un bandage autour de
son cou, assez serré pour la tuer comme pour "une blague façon Vendredi
13". Mme Pulling remarque que cette affaire fut la première où elle
soit intervenue dans le cadre d'une procédure pénale. "C'est suite à
l'appel de l'avocat de Darren, Maître Lee Patton (de Saint-Louis, Missouri),
que je suis intervenue dans cette affaire."[55]
Elle poursuit : "J'avais pour rôle de donner aux membres du jury
des informations sur le jeu de rôles Dungeons & Dragons et sur la façon dont on y joue."[56]
Selon elle, après "plusieurs jours de frustration durant lesquels
le Ministère Public a systématiquement rejeté tout témoignage concernant Dungeons & Dragons
[57]", elle a pu prendre la parole devant le jury. "A plusieurs occasions, on
a demandé au jury de quitter la salle d'audience… Enfin, j'ai été
autorisée à témoigner tout en restant strictement limitée à une présentation
de D&D" [58]
Darren Molitor a de cette scène
un souvenir légèrement différent de celui de Mme Pulling:
Mme
Pulling a contacté mes parents ou mon avocat après que son mari soit tombé
sur un journal de Saint-Louis qui parlait de mon affaire. A mon procès, elle
a témoigné avec le Dr Radecki, mais leur intervention n'a pas été
transcrite par les greffiers et les jurés ne l'ont pas entendue car le juge
avait estimé que cette intervention était sans rapport avec l'affaire.[59]
Comme nous
l'avons déjà vu, et contrairement à ce qu'affirme Mme Pulling dans son livre,
Darren ne " travaille [pas] dur depuis sa cellule de prison pour avertir le
public des dangers des jeux de rôles fantastiques."[60] En fait, selon
Darren lui-même, la diffusion de sa "lettre" lui a totalement échappé.
"Pat Pulling s’est occupée de tout le travail de distribution. Je n’ai
aucune idée sur tout ce qui concerne cette diffusion ; combien d'exemplaires, où,
quand, etc."[61]
Sean Sellers
Sean est un jeune homme perturbé
qui a assassiné ses parents pendant leur sommeil. Six mois auparavant, avec un
ami, il avait assassiné le vendeur d'une épicerie. Jusqu'à sa condamnation,
Sean prétendait ne pas se souvenir du meurtre de ses parents. Puis il s'est
converti au christianisme et confessa ses péchés à de nombreuses personnes.
Selon celles-ci, l’explication de ses meurtres est qu’il avait été possédé
par le démon "Ezurate". "Sean Sellers déclare que c'est
exactement ce qui lui est arrivé."[62]
Depuis, Sean a participé à l'émission de Geraldo Rivera, y compris la spéciale
sur le Satanisme, et à fait des apparitions sur les ondes chez Bob Larson – y
compris au cours d'un séminaire sur les meurtres rituels que Larson avait
organisé en novembre 1989. Fin 1989, j'ai entamé une correspondance avec Sean,
et je lui ai également parlé au téléphone.
Sur Sean, Pat Pulling écrit : "Sean a commencé à s'intéresser à D&D vers treize ans. Après avoir fait le tour des personnages
traditionnels, il a décidé de s'intéresser de préférence aux dieux égyptiens.
Cet intérêt l'a poussé à approfondir ses connaissances des différents thèmes
de l'occultisme."[63] Mme Pulling continue en donnant l'impression que la
participation de Sean à D&D l'a
directement conduit au satanisme, puis aux meurtres qui suivirent, pour lesquels
il a été condamné.
Ce point de vue sur Sean est contredit par Sean lui-même:
Quand je jouais à D&D,
je n'étais pas sataniste. Et, en fait, si j'en avais croisé un à cette époque,
il aurait probablement récolté mon poing dans la gueule. Par contre, je
m'intéressais à la sorcellerie et au zen. Et c'est en faisant des recherches
en bibliothèque pour une partie que je maîtrisais que je suis tombé sur les
livres qui m'ont conduit à étudier l'occultisme.
… pour être tout à fait juste avec TSR [l'éditeur de D&D]
et dans un esprit de franchise, je dois reconnaître que D&D
a contribué à me conduire au satanisme comme un intérêt pour l'électronique
peut conduire à la fabrication d’une bombe. Comme pour construire une
bombe, j'avais déjà pris des décisions malsaines avant de commencer à
incorporer des éléments de D&D
dans les projets de mon groupe satanique, et c'est le satanisme et pas D&D qui a été décisif dans mes meurtres [64]
Même si Sean
pense qu'il existe une menace satanique sur les USA, il ne soutient pas aveuglément
les positions de Pat Pulling. "Patricia a un don pour passer la
mesure…"[65] A
ceux qui prétendent l'ériger en exemple de ce qui arrive aux rôlistes, comme
Mme Pulling l'a souvent fait par le passé, Sean répond : "… utiliser
mon histoire comme un exemple classique des effets du jeu de rôles ne peut être
qu'irrationnel ou fanatique"[66]
Dr. Thomas Radecki
Le docteur Radecki est le fondateur de la NCTV (National Coalition of
Television Violence – « coalition nationale contre la violence à la télévision »).
Il a été un allié de poids de Pat Pulling dès le début de sa guerre contre
les jeux de rôles. Dans l'un des communiqués de presse de la NCTV sur les
"morts liés aux JdR", Pat Pulling est mentionnée comme l'une des
personnes à contacter [67]. Radecki se décrit comme "un psychiatre diplômé
avec une solide expérience pratique doublé… d'un directeur de recherche au
sein de NCTV".[68]
Dans une interview du
Comics Journal, on demandait à Radecki si NCTV avait un positionnement idéologique.
Il répondait alors :
J'espère
que non. J'imagine – vous savez, nous ne sommes que des humains. Mais j'espère
que non… Je ne vois pas en quoi nos positions seraient idéologiques. Je ne
pense pas que ce soit le cas.[69]
Malgré ce démenti,
parcourir les publications de la NCTV permet d'avoir une autre vision des
choses. Dans l'un des bulletins de la NCTV, le Dr Radecki en personne a signé
un article intitulé "Christ, Pardon, Miséricorde, et Confiance"[70]
dans lequel il explique avec force citations bibliques la vraie signification
des enseignements du Christ sur le pardon. Dans le Bob Larson Radio Show, invité
en tant que porte-parole de NCTV, Radecki a critiqué à plusieurs reprises la
violence des dessins animés du samedi matin comme étant contraire aux
enseignements de Jésus, à nouveau en étayant son propos par de nombreuses
citations bibliques [71]
Il y a deux limites à ce
positionnement de fondamentaliste chrétien. Tout d'abord, un fondamentaliste
acceptera comme un dogme l'existence du diable, de même que la capacité de
celui-ci à agir dans le monde réel. Cela signifie qu'il est particulièrement
prédisposé à voir le Satanisme et à le déclarer mauvais. Il n'y a qu'un pas
avant de définir à contrario tout ce qui lui semble mauvais comme étant
satanique.
Ceci forme une relation très
forte qui ôte toute validité à une étude objective d'un sujet car, dans la
guerre entre Dieu et Satan, la neutralité ne peut exister. Soit vous êtes avec
Dieu, soit vous êtes avec le Diable. C'est à nouveau la vision magique du
monde, pleine de pièges chrétiens. Confier une enquête sur le satanisme à un
fondamentaliste serait aussi
stupide que de faire arbitrer un match du PSG par un spectateur de l'OM.
Le positionnement religieux de la NCTV pose moins de problèmes que leurs méthodes
de travail. Leur étude des meilleures ventes en librairie de 1905 à 1988 avait
pour objectif de "déterminer si le 20ème siècle avait vu une
augmentation des thématiques violentes dans les livres les plus
vendus."[72] Etant donné le thème, on aurait pu penser que les chercheurs
auraient à lire l'ensemble des livres de la liste et d’estimer les actes de
violence ( que ceux-ci soient pro ou anti-sociaux). Ce n'est pas ainsi que l’étude
a été menée.
Le docteur Radecki explique :
NCTV a
investi des centaines d'heures de travail dans cette étude afin qu'elle soit
aussi objective et équitable que possible. Son coût total approche de $8,000
et elle a pris plus de trois ans, avec beaucoup de révisions. [un chercheur
principal et deux contributeurs majeurs ont participé à l’étude.] NCTV
avait envisagé de lire l'ensemble des 800 livres, mais il s'est avéré que
certains d'entre eux auraient été difficiles à obtenir et que cela aurait
triplé le coût de l'étude, bien au delà de ce que NCTV était capable de
supporter.[73]
Malgré toute la
sympathie qu'inspirent les malheurs du Dr Radecki, je ne peux que me demander
s'il a jamais entendu parler des prêts en bibliothèque. Si la bibliothèque ne
l'a pas, il existe des réseaux d'échange inter-bibliothèques simples et
couramment utilisés. Il existe également, des subventions pour des projets de
recherches méritants, et une subvention aurait facilement couvert les frais
engagés pour se procurer les livres introuvables en bibliothèque.
En parcourant la liste que donne le Dr Radecki, on peut remarquer qu'elle ne
contient en réalité que 725 livres, car certains best-sellers
se retrouvent sur plusieurs années. L'un des livres, The Robe de Lloyd C.
Douglas apparaît quatre fois dans la liste (7ème en 1942, 1er en 1943, 2ème en 1945 et à nouveau
1er en 1953). Malgré cette
remarquable récurrence, ce livre n'a pas
été lu pour l'étude.
Sans lire les livres, comment leur degré de violence a-t-il été déterminé?
En fait, l'étude elle même donne l'explication :
L'étude a utilisé les critiques du Book Review Digest, que publie annuellement l’éditeur R. R.
Bowker, - de New York… Même si certains critiques n'étaient pas aussi
sensibles à la violence qu'ils l'auraient dû, un échantillon de livres
effectivement lus par la NCTV a montré que leurs critiques étaient en accord
avec celles de la NCTV, ou proches, dans la grande majorité des cas.
… Nous avons montré que parfois certains critiques ne sont pas sensibles à
la violence, même lorsqu'ils y ont été sensibilisés. NCTV l'a prouvé dans
le cas des critiques de Time Magazine [74]. Ce cas est très semblable à
celui des critiques de films. Certains y sont très sensibles tandis que
d'autres s'en amusent et vont jusqu'à faire une publicité inadéquate au
malsain et au sadique.[75]
|
| [NdT] Ce livre est paru en Bibliothèque Verte sour le titre
Jody et le faon |
Au lieu de lire eux-mêmes
les livres, soit 1,5 livre par semaine à raison de 725 livres au total, de
trois personnes et de trois ans pour faire l'étude, on a utilisé des critiques
littéraires pour déterminer le degré de violence des best-sellers de 1905 à
1984. On aurait pu penser qu'elles correspondraient au moins aux bons ouvrages,
mais la description de The
Yearling laisse penser
que des erreurs se sont produites. Ce livre, qui a pour sujet un garçon et un
faon, a pour résumé :"[Jody] et son cheval courent en liberté, ce qui
agace ses parents. Et tandis que le cheval devient plus grand et plus fort, ils
forcent Jody à abandonner son poulain."[76, NdT]
De plus, une
deuxième phase de l'étude a été conduite avec des
contrôles encore moins rigoureux :
La deuxième partie de l'étude a passé en revue les couvertures de livres de
poches populaires choisis au hasard dans les étagères de deux
librairies
à Champaign, dans l'Illinois. Les diverses catégories de livres à succès ont
été comparées, et les dessins sur la couverture ont été supposés être liés
au contenu de ces livres.[77]
Il ne faut pas être grand clerc pour se rappeler que juger un livre par sa
couverture est quelque chose de dangereux. D'ailleurs, en tant que romancier
publié, qui connaît beaucoup d'autres romanciers édités, je peux affirmer,
catégoriquement, que les couvertures et les textes de présentation de quatrième
de couverture n’ont souvent aucun lien avec l’oeuvre à l'intérieur. Le
plus souvent, la quatrième de couverture est écrite par un commercial qui n'a
pas même lu le livre ! L'idée qu'un paragraphe au dos d'un livre ou
qu’un extrait aguicheur sur la première page intérieure pourrait résumer un
roman de plus de 100.000 mots est absurde et insultante.
Cette technique d'enquête a fourni, sans grande surprise,
les résultats suivants : "un incroyable 79% de tous les livres de
poche comportait des thèmes violents."[78] de même sans grande surprise,
100% des livres classés Politique/Espionnage et Crime/Policier ont été classés
comme violents, tandis que les thèmes Heroïc-Fantasy, Horreur et
Science-Fiction comportaient des pourcentages de violence de respectivement 98%,
96% et 81%. A part une catégorie "Autres" non explicitée, les livres
les moins violents semblent être ceux d’histoires d’amour modernes dont
seulement 33% ont été considérés comme violents.
La définition de « violent », selon la NCTV est:
|
| [NdT 11]
Le mythe du viol défini par Lonsway et Fitzgerald: les attitudes et
croyances qui nient et justifient les agressions
sexuelles. |
"n'importe
quel livre dont l’intrigue implique de la violence physique d'une manière
significative ou critique. Les homicides ou les viols (effectués ou tentés)
doivent être peu nombreux. Également, tout livre dans lequel le héros (ou
l'anti-héros) gagne en employant la violence d'une façon importante ou décisive...
les histoires d’amour qui enseignent le mythe du viol [NdT 11] appartiennent à
cette catégorie."[79]
Pour
donner une idée, Tempête rouge de Tom Clancy était noté XUnfit. Cette
classification est définie comme "violence extrême et sadique ayant des
aspects crus et horribles. Des textes érotiques extrêmement brutaux et dégradants,
particulièrement lorsqu‘ils sont associés à de la violence, tombent également
dans cette catégorie."[80] A la poursuite d’Octobre Rouge obtint
la même note.
La méthodologie de l'étude est clairement défectueuse. Juger un livre sur la
base de sa critique est absurde parce qu'on ne peut pas prendre en compte tous
les partis-pris du critique littéraire, une quelconque animosité personnelle
entre le critique et l’auteur, ou simplement le fait que la critique ait été
raccourcie pour cause de place avant que le magazine ait été mis sous presse.
Plus important encore, il n'y a aucun moyen de déterminer si le critique a même
réellement lu le livre, ou si la
critique a été écrite sur la base de communiqués promotionnels envoyé par
l'éditeur.
La seule manière de déterminer la teneur d'un livre est de le lire et, si le
livre fait partie d’une série, de la
lire toute entière.
C’est dans cette perspective, qu’alors nous pouvons jeter un bref coup
d'oeil aux problèmes avec la liste de "cas" de jeux de rôles et de
leur contenu diabolique, que Radecki et Pulling nous assènent si fort. Peut-être
celui des cas de Mme Pulling que je préfère est le tout premier à apparaître
sur la liste de NCTV : le "Nom caché, détails rendus confidentiels sur
demande de la famille, âge 14 ans, 1979, suicide."[81] ce type de
compte-rendu avec des détails vagues est caractéristique de 5 autres cas sur
la première liste de 37 que NCTV présenta.
Pourtant dans d'autres listes de cas, le fait qu'on ait rapporté qu'une
personne avait joué à D&D, comme vu ci-dessus dans le cas de Sean
Hughes, suffit à relier sa mort au jeu de rôles, même si l’affaire n’a
pas encore été élucidée ou classée par la police. Si BADD et NCTV peuvent
d’une quelconque manière lier quoique ce soit à D&D, la relation
de causalité est forcée et la chaîne de preuves fabriquées s’allonge.
Un des cas "non mortels" de la liste le montre avec des détails
exquis :
On
rapporte le cas d'une jeune fille de 15 ans violée à Angleton, au Texas, par
Armando Simon, 33 ans, un psychologue carcéral conseillant des détenus pour
crimes sexuels. Selon un témoignage au tribunal, la jeune fille a été amenée
à des relations sexuelles par une pratique prolongée de D&D dans
laquelle on lui avait donné le rôle de "quelqu'un qui perdrait ses
pouvoirs après avoir fait quelque chose mal." Simon jouait un personnage
obsédé par les femmes et son épouse jouait souvent une lesbienne. L'épouse
a encouragé les relations sexuelles en montrant à la jeune fille des photos
de Simon nu en compagnie d'autres femmes. Elle a dit à la jeune fille,
"il a toujours voulu une vierge comme cadeau." Le psychologue et la
fille ont eu leur première relation sexuelle après leur retour d'une
convention de D&D à Houston (chronique de Houston, 8 mai 85) [82]
Il
est non seulement absurde de suggérer que le crime ci-dessus ait eu lieu à
cause de D&D, mais il est ridicule de ne serait-ce qu’insinuer
qu'il n'aurait pas eu lieu en l’absence de D&D.
Dans son livre, Pat Pulling cite le Dr. Arnold Goldstein, directeur du Centre
pour la Recherche sur l'Agression à l'université de Syracuse : "nous
psychologues utilisons le jeu de rôle en thérapie... pour provoquer des effets
bénéfiques."[83] la séduction de la jeune fille par Simon était un abus
de confiance entre un patient et son thérapeute et n'avait rien à voir avec un
jeu de rôles.
En 1985, la liste de BADD/NCTV comprenait 37 personnes mortes et 5 cas « non
mortels » de violence liée à D&D. Ils notent "... il y a
8 décès supplémentaires (6 suicides et 2 meurtres) pour lesquels les
informations sont confidentielles. Pat Pulling et Tom Radecki enquêtent sur 7
meurtres supplémentaires qui nous ont été récemment rapportés dans 3
affaires séparés. Des décès nous sont signalés au rythme d’environ 5 par
mois." [emphase ajoutée]. Dans une
parution de janvier 1987, cependant, la liste ne s’était allongée que de
deux nouveaux meurtres et le taux d’augmentation ci-dessus était ramené
ainsi : les "décès sont signalés au rythme de trois à quatre par
mois."
Pendant ces deux
années, quelques changements ont été apportés à la liste. NCTV a supprimé
un cas (1985, # 16, un suicide anonyme). Ils ont mis à jour un cas (ajoutant le
nom Mike Cote au cas n°37 de 1985, n°36
de 1987). Ils ont ajouté deux affaires pour un total de 3 victimes (Patrick
Beach et Cayce Moore). Ils ont aussi ajouté le cas de Roland Cartier à cette
liste, mais sous sa propre section : "décès signalés comme étant liés
à D&D avec peu d'information disponible."
En dépit de ce brassage, le fait est que 120 nouveaux cas ne se sont pas matérialisés
entre 1985 et 1987. De même, 108 nouveaux cas ne sont pas survenus entre 1987
et 1990, malgré les prévisions sinistres de NCTV. En fait, les seuls nouveaux
cas à émerger sont ceux de Sean Sellers, Jeffrey Meyers, Cliff Meling et
Daniel Kasten. En ajoutant les 8 décès de ces quatre affaires aux 39 que NCTV
a déjà, nous sommes assez éloignés des 125 cas rapportés de Pat Pulling.
[84]
Au
passage, la version de 1985 est celle dans laquelle le Dr. Radecki cite des
passages du "Livre d’investigation, Les
monstres du labyrinthe [NdT : titre français du film tiré du roman
qui ne fut pas traduit] de Rona
Jaffe."[85] Le livre de Jaffe est un roman, situé dans une université
imaginaire dans une ville imaginaire en Pennsylvanie. Le fait que ce soit une
fiction n'empêche pas Radecki de citer une lettre écrite au journal de l'école
sur les dangers de D&D comme si il s’agissait d’un témoignage.
Pour quelqu’un qui passe beaucoup de temps à essayer de déterminer si les
gosses font la différence entre l'imaginaire et la réalité, le Dr. Radecki,
comme Mme Pulling, semble avoir développé son propre problème dans ce
domaine.
Le Dr. Radecki, tout en poursuivant le but admirable d'éliminer la violence de
la société, s'est engagé dans une "recherche" d’une manière
moins que scientifique. Ses conclusions sont, en conséquence, suspectes. De même
son empressement continuel
à ne publier des données qui ne peuvent que contribuer à l’hystérie est
tout aussi suspect.
Larry Jones et File 18
Il semble effrayant que Pat Pulling soit acceptée comme "formateur
de jury" et témoin expert dans des affaires capitales, mais encore plus
terrifiante est son alliance avec Larry Jones. Jones travaille au département
de police de Boise, dans l'Idaho et est le chef du Cult
Crime Impact Network, Inc
(CCIN - "Réseau sur l’Impact des Crimes liés aux Cultes"). Il est
l’éditeur de File 18 [« Fichier 18 »], un bulletin dont il
prétend qu’il est distribué à entre 1500 et 2500 personnes des forces de
l’ordre. File 18 signale des crimes occultes dans tout le pays, mais
semble employer comme sources des coupures de journaux envoyées par des
lecteurs et d'autres parties intéressées.
Quelques extraits de File 18 sont à même de refléter les liens que
BADD a avec lui, et la partialité générale de son positionnement éditorial.
Bien que chaque numéro contienne l’avertissement suivant, ou une de ses
variations, le bulletin ne porte aucun copyright.
Avertissement
: "CONFIDENTIEL : INFORMATION D'ACCÈS RESTREINT A L’USAGE EXCLUSIF DES
FORCES DE L’ORDRE OFFICIELLES" Le numéro d'avril 1989 le prolongea
ainsi : "CONFIDENTIEL : INFORMATION D'ACCÈS RESTREINT. NE DOIT PAS ÊTRE
COMMUNIQUE AU PUBLIC, AUX MÉDIAS, OU AUX PERSONNES OU GROUPES NON AUTORISÉS.
L'INFORMATION CONTENUE DANS CETTE PUBLICATION A POUR BUT PRINCIPAL D’AIDER
LES FORCES DE L’ORDRE ET LES PROFESSIONNELS LÉGITIMES DE LA SOCIÉTÉ
QUI COMBATTENT DES CRIMES SECTAIRES ET AIDER LES SURVIVANTS"
Le
numéro de décembre 1988 indique le lien avec BADD
XI.
QUI A VOTRE ADRESSE ?
Au cours des six derniers mois, un certain nombre de publications et de
lettres non-autorisées ont été expédiées aux abonnés du BULLETIN FILE
18. Excepté deux envois de B.A.D.D., Inc. sur leurs prochains séminaires, le
comité du C.C.I.N. n’a pas
donné l'autorisation préalable d'utiliser la liste des destinataires. Nous
avons des informations vérifiables selon lesquelles quelques fonctionnaires
de police de la liste de FILE 18 sont également membres de groupes occultes.
Ces personnes ont apparemment pris la liste des destinataires et des
exemplaires de FILE 18, et les ont transmises à des personnes dont les buts
sont d'influencer les sentiments du lecteur contre la mission du
C.C.I.N [86]
Le
numéro de février 1989 donne un aperçu intéressant sur les processus mentaux
des personnes chargées de rechercher des preuves dans des affaires criminelles
:
"A
travers tous les Etats-Unis, des hommes sont en prison et dans les couloirs de
la mort, condamnés pour des sacrifices humains satanistes. D'autres ont été
emprisonnés pour des abus et des brimades abominables sur des nourrissons, des
enfants, et des adultes. Les adultes survivants font des comptes-rendus étonnamment
proches d’asservissement, de crainte, de contrôle de l’esprit, et de
rituels accomplis pendant des années sous le nez (ou avec la complicité) de la
prétendue "société normale" et de ses représentants."
Ceux qui
nient, démontent, ou dissimulent l’évidente montagne indéniablement
croissante de preuves, exigent souvent des preuves chiffrées ou des liens avérés
entre les groupes opérationnels suspects. Au mieux, cette demande de preuves avérées
"d'une conspiration horizontale" est naïve. Au pire, c'est un leurre
conçu pour détourner l'attention du nombre de plus en plus important de
professionnels qui sont convaincus que nous devons efficacement poursuivre et
faire face à ce qui pourrait être le crime des années 90.
Envisagez la possibilité que la raison pour laquelle des groupes censément indépendants,
dans des localités différentes, à diverses époques, agissant d'une façon
semblable, est que des directives cohérentes [en provenance] de niveaux
d’autorités plus élevés sont reçues séparément.
Au lieu d’être directement liés entre eux, ces groupes peuvent être liés
verticalement à une source commune de direction et de contrôle. Ce "modèle
vertical de conspiration" est cohérent avec la structure
"autoritaire" (de type pyramidal) vue dans de nombreux cultes et
groupes occultes. Ceux qui acceptent cette théorie comme une possibilité
raisonnable doivent repenser la signification, la portée, et les effets du mot
conspiration !
Un nombre croissant de preuves, d’informations des services secrets, de témoignages
de survivants, et de condamnations des tribunaux
nous pressent d’arriver à la conclusion que ces jusqu’ici 'problèmes
indépendants’, sont orchestrés depuis une source centrale. Réveillons-nous
et voyons la réalité de ce que nous avons inefficacement combattu depuis si
longtemps. Ce n’est qu’en coupant la racine de l’arbre du crime au lieu de
simplement ratisser les feuilles, que nous pouvons espérer arrêter ou inverser
le mouvement. [87]
Dans
ce même numéro apparaît :
La
solution [ au Satanisme ] : L’équipe éditoriale s’accorde sur le fait que
la seule solution vraie et durable à "l’adoration
du diable" ou à l’implication satanique est une rencontre personnelle
avec le Christianisme vrai et avec la figure centrale de cette foi, Jésus
Christ. Ce n’est qu’à travers cette lumière que les bras longs et
dangereux du satanisme ou de la mise en esclavage par l’occulte peuvent être
reconnues et ôtées de la vie d’une personne.[88]
|
|
Larry
Jones, à un colloque parrainé par Bob Larson
a défini le satanisme comme "des personnes adorant une déité autre que
le Dieu de la Bible."[89] il
a continué en indiquant que, "vous ne pouvez pas être un sataniste
convaincu sans violer la loi du pays."[90]
par
conséquent, n'importe quel non-chrétien ou non-juif est, de facto, à
la fois un sataniste et un criminel. Et, étant donné son témoignage
ci-dessus, le seul traitement contre la menace sataniste est une renaissance
nationale. C'est un langage dangereux à tenir pour un officier de police car
il présume la culpabilité en l'absence d’une preuve quelconque d'un crime.
Pour finir, les deux citations suivantes viennent du numéro d'avril 1989 de
File 18 :
Nous
croyons que certains groupes et intérêts se sont enfin rendus compte de
l’existence du C.C.I.N. ou ont décidé que nous n'allions pas partir. Ils
ont conçu des campagnes actives d'infiltration et de désinformation conçues
pour intimider, invalider, et/ou anéantir le travail que nous avons commencé,
le travail que nous encourageons parmi les nombreux professionnels légitimes
dans les services de police, les écoles, les établissements de soin, les églises,
et les associations intéressées à travers la nation. Un climat de défiance
a été instillé entre les groupes fournissant une documentation crédible et
les autorités.
Aujourd'hui,
les forces de l'opposition fabriquent des tonnes d'informations conçues pour
embrouiller, tromper, et diluer la vérité. Ces tactiques comprennent :
l'assassinat de personnes, la rumeur, l'insinuation, la dérision, et les
menaces de procédures civiles. Elles sont conçues pour arrêter l'exposé
essentiel de pratiques autrefois secrètes, d’associations, et de méthodes
criminelles.[91]
Un
peu plus loin dans le même numéro nous lisons :
|
| [NdT 12] Le
Temple de Seth est un culte sataniste, dissident de l’Eglise de Satan. Fondé
en 1975, estimé en 1999 à environ 2000 membres. |
VIII.
Acquino, à nouveau :
En mars, 1988... dans l’émission TV d'Oprah Winfrey, Michael Acquino
[fondateur du temple de Seth] [NdT 12] a dit que
si les satanistes commettaient vraiment des crimes, la police connaîtrait
leur existence et enquêterait, arrêtant les satanistes.
Dans
le Bulletin de File 18, vol. III... nous avons demandé une
confirmation que l’Armée des États-Unis avaient rouvert une enquête sur
le lieutenant-Colonel Acquino. La confirmation est venue de rien moins qu'un
article publié dans le San
José Mercury News le 23 décembre 1988. Linda Goldston, journaliste,
écrivait: "six mois après que le bureau du procureur des États-Unis
ait fermé l’affaire de viol sur mineur à Presidio, l'Armée a lancé une
nouvelle enquête sur un des premiers suspects dans cette affaire - un
officier de haut rang qui a fondé une église sataniste, selon des sources
proches de l’enquête ».
Nous accordons certainement à M.
Acquino le bénéfice de la présomption légale de son innocence, mais... [92]
Ces
documents de File 18 doivent être discutés sur plusieurs points. Le
ton général de paranoïa est troublant dans un document publié par et pour
des fonctionnaires de police et d'autres professionnels concernés. L'idée
que la solution aux crimes sataniques est une rencontre personnelle avec Jésus
Christ s’est terminée avec les procès de sorcières et n'a pas sa place
dans l'application de loi des États-Unis.
La
majorité de ce qui paraît dans File 18 "est cité d'après des livres et
des articles disponibles dans les kiosques à journaux... La plupart des
documents soi-disant 'réservées à la police' que nous utilisons maintenant
ont été produits par des civils!"[93]
Si c'est vrai, pourquoi Jones les publie-t-il et leur donne-t-il de ce fait un
vernis de légitimité qu'ils ne méritent pas ?
Les
articles de journaux insistent sur l’inhabituel et recherchent toujours un
seul angle d’approche, mais cet angle se réduit souvent à
l'insignifiance lorsque l’affaire est étudiée. Pourquoi alors
l'accent est-il tellement mis sur des faits divers trouvés dans des kiosques
à journaux ?
Larry
Jones semble continuellement en colère contre le manque de preuves solides et
crédibles sur les crimes satanistes.
Le dernier numéro de File 18 [94]
en ma possession contient
des coupures de journaux de sources aussi diverses que le « Farm Times
of Idaho » (à propos des mutilations de bétail) ou la correspondance
personnelle d'un psychothérapeute qui était très mécontent que le sénat
de l'État de Washington n’ait voulu consacrer que 10 minutes du temps du
Comité des Lois et de la Justice à écouter son discours sur les crimes
rituels.
Il y a une critique, très intéressante par sa présence même, du
livre de Tal Brooke When The World Will Be As One (« Quand le monde sera uni »
non traduit).
Ce livre prétend raconter les événements passés et les plans futurs d'une
conspiration d’un « gouvernement mondial ». Il a été écrit
par une personne qui, après une conversion au christianisme, a été « apte
à écrire un tel livre du fait de son ancienne participation au mouvement New
Age, [et] son expérience de l’occulte... ce qui augmente sa capacité à
exprimer les philosophies en coulisses de l’Age Global »
[95].
File 18 donne la possibilité aux personnes intéressées de commander
ce livre.
La
théorie de "conspiration verticale" de File 18 tombe rapidement
quand on la réduit à l’essentiel même avec la plus faible rigueur. Quel
est le besoin d’une cabale invisible quand Dan Rather ou Geraldo Rivera [NdT :
respectivement équivalents de PPDA et de Jacques Pradel]
informent tout un chacun de n'importe quel évènement bizarre survenu d’un
bout à l’autre des Etats-Unis – rendant les imitations bouffonnes de
rites, mutilations, etc. non seulement faciles, mais un moyen sûr de se faire
de la publicité ? Pourquoi aurait-on besoin de cultistes propageant en secret
leurs rituels, quand n'importe qui peut trouver cent romans d'horreur différents
qui décrivent ces choses avec des détails à vous donner froid dans le dos ?
En
dépit du manque complet de preuves d'une conspiration satanique - et ignorant
des tactiques utilisées par Mme Pulling dans sa croisade - Larry Jones
continue à s'accrocher à la croyance en une cabale malfaisante en route pour
détruire l'Amérique. Dans une renversante perversion de la logique, Jones
demande :
Le
déni [de l'alcoolisme] change-t-il la vérité ? Non.
Les
choses sont comme elles sont - indépendamment
de la volonté de l’alcoolique à reconnaître la vérité pour lui-même
ou pour d'autres. En fait, pour éviter d’être confronté à sa réalité
il concevra des rationalisations, répétera des explications creuses, détournera
l'attention vers de faux problèmes, s'entourera de buveurs aux mêmes états
d’esprit, et fabriquera des mensonges. Pendant ce temps, la destruction
exercée par son envie irrésistible continue à faire ses ravages. Elle sape
sa vitalité, détruit sa créativité, le vide de ses ressources, vole son énergie,
détourne son potentiel et l’attire vers sa propre mort dans la fausse sécurité
de son esprit en pagaïe.[96]
Chacune
des choses que Jones indique comme étant une tactique d'un alcoolique pour éviter
de se rendre compte qu’il a un problème est une tactique que Mme Pulling et
d'autres chasseurs de Satan ont utilisée. Ils luttent tellement fort pour démontrer
que les esprits et les monstres qu'ils voient existent, qu’ils en perdent le
contact avec le monde réel. Rassemblés, ils renforcent leurs visions biaisées
de la réalité, et se défendent les uns les autres contre les tentatives
rationnelles de leur montrer les erreurs de leurs méthodes.
Conclusion
Patricia Pulling, comme n'importe quel adulte responsable, se préoccupe du bonheur et
du bien-être des enfants dans notre société. Une tragédie personnelle dans
sa vie l'a galvanisée et l’a lancée dans une croisade pour sauver des
enfants de l'horreur qu'elle croit avoir vu prendre son fils. Sa motivation, originelle
et actuelle, est quelque chose que nous ne pouvons que deviner, mais
clairement elle croit qu'elle mène une guerre contre des forces diaboliques
prêtes à dévorer de jeunes Américains.
Tout
aussi clairement, quelque part dans sa carrière d’investigatrice, elle a
perdu son objectivité. Elle a, volontairement ou par négligence, fabriqué
des comptes-rendus sur des suicides et des meurtres liés aux jeux de rôles
et au satanisme. Elle a mis en avant des personnes qui ont, pour le moins,
besoin d’une aide psychiatrique sérieuse afin de traiter leurs problèmes
émotionnels et psychologiques. Elle s'est à plusieurs reprises présentée
comme "témoin expert" sur des jeux de rôles dont elle ne connaît
rien ou peu de choses. Elle a monté une supercherie sur les circonstances
entourant la mort dénuée de sens de son fils.
Sans
aucun doute, Mme Pulling a commencé à rechercher un moyen d'empêcher
d'autres enfants de suivre les traces de son fils. Ses efforts au nom de la mémoire
de ce dernier étaient évidemment bien intentionnés, mais lorsque l'hystérie
anti-jeu a débordé dans une guerre contre Satan, les fins ont commencé à
justifier les moyens. Ce qui était devenu important était de tirer la
sonnette d’alarme au sujet des dangers du satanisme, et n'importe quelle méthode
qui marchait pour faire passer ce message était parfaitement acceptable.
Pat
Pulling et ses alliés organisent régulièrement des « séminaires sur
les crimes des sectes occultes » dans divers endroits à travers le
pays. Ils sont proposés à la police et aux enseignants entre 100$ et 300$
par tête, ce qui n'inclue pas le logement, le transport ou les repas. Ces conférences dépassent
la fable de "l'aveugle menant les aveugles" car les anti-satanistes tirent
de considérables bénéfices de l’organisation de ces séminaires.
De plus, les contribuables casquent pour ces expériences éducatives
douteuses, puis voient la désinformation et la fausse information utilisées
contre eux lorsque des flics zélés essayent d'utiliser ce qu'ils ont appris
et admis de bonne foi.
Comme
cela a été montré ci-dessus, ce sont ces séminaires dans lesquel Pat
Pulling distribue un questionnaire qui, si il est utilisé selon les
instructions, apportera la preuve que pratiquement n'importe qui est un
sataniste. Ce sont ces séminaires où des individus mentalement dérangés
comme Cassandra Hoyer ou Laurel Wilson alias Lauren Stratford [voir note
97: une fausse "évadée" de sectes sataniques] racontent des histoires sur les horreurs que les "survivants de
sectes" endurent. Ce sont ces séminaires pendant lesquelles des
prospectus sur les "symboles occultes" sont distribuées, y compris
des choses comme "l'étoile de David" et pendant lesquels toute
religion non-chrétienne est stigmatisée "sataniste."
Clairement
Pat Pulling n’est "un expert en matière de crime cultiste" qu’à
ses propres yeux et à ceux de ses copains, alliés et disciples. Barry
Goldwater [NdT : Homme
politique ultra-conservateur américain, 1909-1998]
a
dit une fois: « l'extrémisme dans la défense de la liberté n'est pas un
vice ». L'extrémisme lié à la bataille contre la Conspiration Sataniste
ne défend aucune liberté. Le fanatisme de ce type, qui perpétue un fantasme
hystérique, n'est rien d’autre que du mal à l’état pur. Le seul plus
grand mal est de ne rien faire pour partager la vérité avec ceux qui pourraient être trompés par Mme
Pulling.
Remerciements
L'auteur
de cet article voudrait remercier les personnes suivantes pour leur aide dans la préparation
de ce rapport : Loren K. Wiseman, Greg Stafford, Shawn Carlson, Robert D.
Hicks, David Alexander, Jim Lippard, Sean Sellers, Darren Molitor et Liz
Danforth.
Annexe 1
Sean
Sellers a écrit la lettre suivante et l'a envoyée à l'auteur de ce rapport.
Sean a donné la permission de reproduire la lettre à la condition qu'elle
apparaisse intégralement quand elle sera publiée.
|
Avec
la polémique sur les jeux de rôles tellement répandue aujourd’hui,
beaucoup de personnes bien intentionnées ont cherché à utiliser mon passé
comme référence pour dénigrer le jeu de rôle. Bien qu'il soit vrai que D&D
ait contribué à mon intérêt et à ma connaissance de l'occultisme, je dois
être juste et expliquer dans quelle mesure D&D y a contribué.
Quand
je jouais à D&D je n'étais pas un sataniste, et en fait si j’en avais
croisé un, il aurait probablement récolté mon poing dans la gueule. Je
m'intéressais toutefois à la
sorcellerie et au zen. En faisant des recherches à la bibliothèque pour une
partie de D&D que je menais, je suis tombé sur d'autres livres qui
m’ont conduit à étudier l'occultisme.
Après
être devenu sataniste, j'ai employé des manuels de D&D pour leurs
symboles magiques et leurs personnages de référence pour mes premières études.
J'ai également utilisé mon expérience de Maître de Jeu pour présenter les
concepts de comportement sataniste à des gens et pour les recruter dans
l'occultisme.
J'ai
des objections contre une partie des suppléments que TSR a publié pour leurs
jeux de rôles. Je pense que leur utilisation excessive du paganisme et de
l'occultisme est inutile et peut mener à des problèmes dans les idéaux de
certains joueurs ; cependant, pour être juste avec TSR et par esprit d'honnêteté
je dois reconnaître que D&D a contribué à mon implication
dans le satanisme comme un intérêt pour l'électronique peut amener
à la fabrication d’une bombe. Comme pour construire une bombe, j'avais déjà
pris des décisions malsaines avant que j'aie incorporé des éléments de D&D
dans les projets de mon groupe sataniste, et c'était le satanisme et non D&D
qui a été décisif dans mes crimes.
Personnellement,
pour des raisons que j’édite moi-même ailleurs, je ne pense pas
que les enfants doivent jouer à D&D; mais utiliser mon histoire
comme exemple classique des effets du jeu de rôles est soit irrationnel, soit
fanatique.
5 Février 1990
Sean R. Sellers
|
Annexe 2
L'auteur
de ce rapport, Michael A. Stackpole, est écrivain de romans de
science-fiction, concepteur de jeux et concepteur de jeux vidéos. En 1979 il
a obtenu une licence d'Histoire à l'université du Vermont. Après son diplôme,
il a commencé une carrière comme concepteur de jeux pour Flying Buffalo, Inc.
à Scottsdale, Arizona. En 1983 et 1984 des projets auxquels il a contribué
ont gagné le prix H. G. Wells pour la Meilleure Aventure de l'Année. En
1988, Wasteland, un jeu d'ordinateur qu'il a conçu, a
été choisi comme Meilleur Jeu d'Aventure de l'Année par le Computer Gaming
World, et en 1989 Neuromancer, un autre jeu sur lequel
il a travaillé, gagna la même récompense.
En outre en 1988 un autre jeu vidéo, Bard’s Tale III,
fut élu Meilleur Jeu Vidéo par le Strategist Club.
Son
intérêt pour la polémique autour des jeux de rôles a commencé en 1979
quand la disparition de James Dallas Egbert du campus de l’Université de l'Etat
du Michigan à East Lansing propulsa D&D et le jeu de rôles vers
une notoriété nationale. Une enquête sur cette affaire a montré
que le JdR n'avait rien à voir avec la disparition d'Egbert; elle a également
montré que la perception qu’en avait eu le public ne correspondait pas à
la réalité.
Depuis
cette époque, en collaboration avec d'autres dans le milieu du JdR, il a
travaillé à enquêter sur des affaires et remettre les choses à leur place.
Comme cela devait se produire, son chemin croisa celui de Patricia Pulling et
de BADD, et l'information qu'il a rassemblée dans sa recherche est présentée
dans le rapport ci-dessus. Comme le domaine d'« expertise » de Pat
Pulling s’est déplacé vers le satanisme, les recherches de l’auteur ont
suivi.
Extrait du Who’s Who In The West, Edition de 1990.
Contact:
Michael A. Stackpole
Phoenix Skeptics
Box 62792
Phoenix, AZ 85082-2792
(602) 231-8624/ Fax (602) 392-0328
Bibliographie
Périodiques
Cornerstone, Vol. 18 numéro 90, Jan. 1990, Satan’s Sideshow par Gretchen & Bob Passantino and Jon Trott
Daily News-Sun of Sun City, Arizona mardi 7 Juin 1988 “Death of a Kid”
par Doug Dollemore
File 18, Vol. III, No. 88-4; Vol. IV, No. 89-1; Vol. IV, No. 89-2 ; Vol. IV, No.
89-6; Vol. V, No. 90-1, Cult Crime Impact Network, Inc., Larry Jones,
editor
INSIGHT, 11 Janvier 1988, “Battling Satanism a Haunting Task” par
Derk Kinnane Roelofsma
National Coalition on Television Violence, communiqué de presse du 17 Janvier
1985
NCTV News, Vol. 6, Jan-Fev 1985
communiqué de presse de NCTV, Juin 1985, tel que reproduit dans
le Law Enforcement Primer de BADD.
NCTV Bestseller Study 1905-1988
Richmond News Leader, 21 Septembre 1988
Richmond News Leader, 7 Avril 1989, “Local Believers short on Evidence”
par Rex Springston
Richmond Times-Dispatch, 5 Mars 1988, “Satanic Cults said to entice teens
with sex, drugs” par Ed Briggs
Richmond Times-Dispatch, 23 Septembre 1988
The Comics Journal, No. 133, Décembre 1989, “Thomas Radecki Interview”
par Gary Groth, Robert Boyd & Greg Baisden
Washington Post, 13 Août 1983, “Game Cited in Youth’s Suicide”
par Michael Isikoff
Transcriptions
et ressources multimédia
Transcription
de l’affaire N° L-128-83 de la Cour itinérante du comté de Hanover,
Virginie, l’Honorable Juge Richard H.C Taylor présidant le tribunal.
Emission
de télé "Geraldo" du 6 octobre 1988, transcription n°276 : « teenage
satanism »
« L’émergence
du crime rituel dans la société contemporaine »,
transcription de notes prises au séminaire organisée par l’Association de
détectives du Nord-Colorado et du Sud- Wyoming, du 9 au 12 septembre 86, à
Fort Collins, Colorado. Compilé et publié par Larry M. Jones, Cult Crime
Impact Network 222 N. Latah Street, Boise. Idaho 83706
Bob
Larson Radio Show, 29 mars 1990
Bob
Larson Radio Show, 3 avril 1990
Symposium
de Bob Larson sur le satanisme, 4 novembre 1989, notes par Vicki Copeland de
Cult Watch Response
Livres
et Publications
Pulling, Patricia, avec Kathy Cawthon, The Devil’s Web, 1989,
Huntington House, Inc. Lafayette, Louisiane
––––––– , 1988, Interviewing Techniques for Adolescents,
BADD, Inc., Richmond, Virginie
––––––– , 1986, A Law Enforcement Primer on Fantasy Role
Playing Games, BADD, Inc., Richmond, Virginie
Molitor, Darren Lee, 1985, The
Darren Molitor Letter, BADD, Inc., Richmond,
Virginie
Wedge, Thomas W. avec Robert L. Powers, 1988, The Satan Hunter, Daring
Books, Canton, Ohio
Correspondance
Hicks,
Robert D., 28 Novembre 1988
Sellers,
Sean R., 5 Février 1990
–––––––
, 27 Décembre 1989
Molitor,
Darren Lee, 14 Mars 1990
–––––––
, 10 Avril 1990
Notes
1- Communiqué de presse NCTV, 17 Janvier 1985
2-Washington Post, 13 août 1983
3-Transcription de l’affaire N° L-128-83 de la Cour itinérante du comté de
Hanover, Virginie, l’Honorable Juge Richard H.C Taylor présidant le
tribunal.
4-The Devil’s Web,
p. 90
5-correspondance privée avec l’auteur, 28 Novembre 1988
6-Interviewing Techniques for
Adolescents (BADD, Inc., Sept
1988), pp. 13-14
7-Ibid,
p. 14
8-Ibid., p. 3
9-Ibid., p. 3
10-Ibid, pp. 3-6
11-Ibid, pp. 6-7
12-L’époque du pulp
dura grosso modo de 1920 à 1950 et tient son nom des revues publiées sur du
papier bon marché à base de pulpe de bois, répandus à cette époque. La guerre et le rationnement de papier
frappèrent durement l'économie des pulps, l’avènement des livres de poches dans les années
1950 les acheva. The shadow Magazine et Weird Tales sont deux exemples bien connus de magazines pulp. Lovecraft
écrivait souvent pour ce dernier magazine.
13, 14, 15-Daily News-Sun of Sun City, Arizona mardi 7 juin 1988
16-Washington Post, 13 août 1983
17-émission TV Geraldo, 6 Octobre 1988, Transcription #276, pp. 9-10
18-The
Devil’s Web,
p. 7-8.
19-Transcription de l’affaire N° L-128-83 de la Cour itinérante du comté de
Hanover, Virginie, l’Honorable Juge Richard H.C Taylor présidant le
tribunal.
20-L’émergence
du crime rituel dans la société contemporaine, transcription de
notes prises au séminaire organisé par l’association de détectives du
Nord-Colorado et du Sud- Wyoming, du 9 au 12 septembre 86, à Fort Collins,
Colorado. Compilé et Publié par Larry M. Jones, Cult Crime Impact Network
222 N. Latah St., Boise. Idaho 83706
21-Ibid
22-The Devil’s Web, p. 199
23-Richmond News Leader, 7 avril 89
24-Ibid.
25-Ibid
26-Richmond Times-Dispatch, 23 Septembre 88
27-Ibid
28-Richmond Times-Dispatch, 5 Mars 88
29-A Law Enforcement Primer on Fantasy Role Playing Games (“Une
introduction aux Jeux de Rôle fantastiques, à l'usage des forces de l’ordre”),
p. 10
30-The Devil’s Web, p. 91
31-The Devil’s Web, p. 97, voir aussi le “Primer”, pp. 10-11
32-Primer, p. 10
33-Ibid, p.10
34-Ibid,
p. 11
35-TSR réimprime régulièrement des jeux épuisés pour conserver les noms déposés.
D’après la rumeur, on planifie une réédition de Boot Hill en 1990
rien que pour maintenir la marque déposée sur le titre. Ceci était sans
doute la raison pour laquelle Gamma World reparut en 1986. Il ne serait
pas impossible de voir également une reparution de Metamorphosis Alpha,
mais elle n’est pas attendue.
36-The Devil’s Web, p. 97
37-Ibid, p. 9
38-Ibid, p. 79
39-The Darren
Molitor Letter
40-The Devil’s Web, p. 79
41-The Darren
Molitor Letter.
42-correspondance personnelle avec l’auteur, 14 Mars 1990
43-Ibid
44-The Devil’s Web, p. 88
45-Ibid, p. 11
46-correspondance personnelle avec l’auteur, 14 Mars 1990
47- The Devil’s Web,
p. 9
48-Ibid,
p. 54
49-Ibid, p. 57
50- INSIGHT, 11 Janvier 88, p. 48
51-Richmond News Leader, 21 Septembre 1988
52-Ibid
53-Richmond News Leader, 7 Avril 1989
54-Bob Larson Radio Show, 3 Avril 1990
55-The Devil’s Web,
p. 90
56-Ibid,
p. 91
57-Ibid, p. 91
58-Ibid, p. 91
59-correspondance personnelle avec l’auteur, 10 Avril 1990
60-The Devil’s Web,
p. 88
61- correspondance personnelle avec l’auteur, 10 Avril 1990
62- The Satan Hunter,
p. 11.
63- The Devil’s Web, p. 92
64- correspondance personnelle avec l’auteur, 5 Février 1990
65- correspondance personnelle avec l’auteur, 27 Décembre 1989
66- correspondance personnelle avec l’auteur, 5 Février 1990
67- Communiqué de presse NCTV , 17 Janvier 1985
68-The Comics Journal, No. 133, Decembre 1989, p. 66
69-Ibid, p.
74
70-NCTV News, Vol. 6, Jan-Fev 1985
71-Bob Larson Radio Show, 29 Mars 1990
72 NCTV Bestseller Study 1905-1988
73-Ibid, p.
1
74- La prudence envers les critiques de Time Magazine est curieuse car, deux
paragraphes plus haut, le rapport note:”Les critiques de livres elles-mêmes
proviennent principalement de Time et Newsweek, du New York Times...”
75-Ibid, p.
1
76-Ibid, p.
11
Un de nos lecteurs remarque sur
un forum: "Ce livre est paru en Bibliothèque Verte sour le titre Jody et le
faon. A la
fin, le père tue le faon avec un fusil... C'est très triste comme histoire, mais dans la catégorie des livres pour enfants décrivant le passage d'un autre enfant à l'âge adulte, c'est
un des premiers que je recommanderais".
77-Ibid,
p. 1
78-Ibid, p.
25
79-Ibid, p. 25
80-Ibid,
p. 26
81-Communiqué de presse NCTV , 17 Jan 1985, p. 5
82-Communiqué de presse NCTV, Juin 1985, tel que réimprimé dans le Primer
de Badd.
83- The Devil’s Web,
p. 82
84-Ibid,
p. 85
85-Communiqué de presse NCTV, 17 January, 1985, p. 8
86- File 18, Vol. III, No. 88-4, p. 12
87-File 18, Vol. IV, No. 89-1, p. 1
88-Ibid,
p. 3
89- Symposium de Bob Larson sur le satanisme , 4 Novembre 1989. Environ 500
personnes étaient présentes, chacune payant 100$ pour un programme d’une
journée.
90-Ibid,
91- File 18, Vol. IV,
No. 89-2, p. 1
92-Ibid,
p. 5
93-Ibid,
p. 2
94-Ibid,
File 18, Vol.
V, No. 90-1
95-Ibid,
p. 5
96- File 18, Vol.
IV,
No. 89-6, p. 1
97- Laurel Rose Willson, alias Lauren Stratford était l’auteur de mémoires d’une survivante
[de secte sataniste] intitulé “Satan’s
Underground”. L'éditeur, Harvest House, cessa de les publier
après la publication d'un article de Cornerstone - un magazine chrétien-, (« Satan’s
Sideshow » par Gretchen, Bob Passantino et Jon Trott, Vol. 18, N°
90, Jan 1990) qui révélait qu’il s’agissait d’un faux et que son
auteur était mythomane.
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Copyright © 1990 Michael Stackpole, tous droits
réservés.
Traduit par Courtney Chitwood, Rappar, Aicars et Nital. Page
originale : http://www.rpgstudies.net/stackpole/pulling_report.htm
, avec l'aimable autorisation de Michael Stackpole. Aucune reproduction
n'est permise sans l'accord de Michael Stackpole.
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