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Nous avons avec mon ami Christophe testé Sweet Agatha (suivez le lien pour avoir une petite présentation du jeu si vous ne le connaissez pas). Je suis tombé amoureux du jeu dès que j’en ai entendu parlé et commandé l’ouvrage que j’ai trouvé pour plusieurs raisons très adapté à ce que je recherche aujourd’hui :
- prise en main rapide
- jouable à 2 (ce qui est plus pratique que de trouver 4 joueurs)
- un jeu narratif
- un esprit collaboratif
- un story game
- une durée de jeu qui ne nécessite pas de bloquer 4 heures!
Il faut signaler que ce jeu n'est pas considéré comme un véritable jdr (au sens où la majorité des jeux du marchés l'entendent) mais plus comme un story game où 2 joueurs interprètent des "fonctions" pendant la partie.
Première impression : la forme est élégante, et le côté “sous blister” met le produit en valeur. On a donc l’impression d’avoir un jeu plus qu’un livre.
Première lecture et là, ça coince un peu...”mais euh (comme la maison d’édition) comment ça se joue ça???”. J’ai eu besoin des CR du blog de Sweet Agatha pour m’en faire une idée et un échange mail avec le représentant de la BAH m’a permis de cerné comment aborder le jeu.
Finalement cela ne parait pas très difficile, mais l’absence d’exemples ou de rails déroute un peu.
La partie :
Elle a durée 1h20, Christophe a joué le Lecteur et moi la Vérité.
Choix étonnant pour Christophe qui a décidé le temps du passé pour son interprétation, ce qui donné un ton très roman noir. Très sympa.
L’histoire (pour ceux que ça intéresse, pour les autres, sautez ce passage) :
Scène 1 :
Objectif : Tu retournes dans sa chambre
Indices :
- Une note glissée sous la porte
- Un parent jusque là inconnu fait son arrivée pour réclamer un objet qu’Agatha ne possède apparemment pas. Ce proche se montre très agressif
- Une enveloppe remplie de devises étrangères
En fouillant la chambre d’Agatha, le Lecteur trouve une enveloppe de yen. Arrive un homme assez fort, bruyant à l’allure et au comportement patibulaire. Il se dit être l’oncle d’Agatha et cherche une boîte rouge. Il est aggressif et menace le Lecteur. En partant, il trouve une petite note sous la porte indiquant un lieu de rendez vous : Parc Saint Charles 7h30 du matin.
Scène 2 :
Objectif : aller au Parc St Charles
- Un animal semble vous suivre
- Un objet tellement rouillé qu’il est méconnaissable
- Une note en forme de coeur accroché à un arbre avec une fléchette : on peut y lire “ 039952152318”
Le parc Saint Charles est un petit parc miteux où peu d’enfants doivent encore y jouer. A 7h30 du matin, il ne reste que des cadavres de capotes, de seringues et de mégots de cigarettes roulées (nul doute que ce n’est pas du tabac). Un chien regarde le lecteur et le suit comme s’il le connaissait. Accroché à un arbre on trouve un n° de téléphone. Tentative d’appel. Rien pas de tonalité.
Une petite boîte rouillée appelle le Lecteur mais sans rien lui réveler, car il faut une clé pour l’ouvrir.
Ce parc semble être une impasse. Mais Agatha a rendez vous chez son gynécologue à 14h. C’est un rendez vous qu’elle ne manque JAMAIS!
Scène 3 :
Objectif : le rendez vous qu’Agatha ne rate jamais chez le cabinet de gynécologie
- Une station de développement photo en 1 heure chrono
- des reçus de papiers carbone dans un chéquier vide et provenant d’un compte au nom d’Agatha. Tous les chèques sont à l’ordre d’ “Hector”. Le montant de chacun s’élève à 555 dollars. Le plus vieux remonte à moins d’un an.
- un gynécologue obstétricien atteint d’une phobie débilitante
Le gynécoloque qui appelle Agatha l’appelle sous un autre nom. Non ce n’est pas le sien, mais c’est bien d’Agatha que le Lecteur suhaite s’entretenir avec le médecin. Ce dernier a une propension pour le bleu et a remplacé toute trace de blanc dans son cabinet. Étrange, secoué de tics (toc?) au visage, l’ambiance est étrange dans ces différentes tonalités de bleus. Dans cet océan de couleur, une boîte rouge détonne, posée au milieu d’une étagère.
Un échange avec le médecin confirme qu’Agatha n’a pas eu une enfance simple, qu’elle était une habituée -hélas- pendant un temps du parc St Charles.
La boîte rouge appartient bien à Agatha et révèle le talon de chèque et un développement photo. Mais qui est Hector?
Avant de se quitter, le gynécologue conseille d’aller visiter la cave d’Agatha : car elle il stockait tous ses souvenirs.
Scène 4 :
Objectif : Visiter la cave d’Agatha
- le concierge d’Agatha fut un temps prestidigitateur. Il fait volontiers des tours avec des cartes ou des pièces pour qui le veut
- une boîte de cartouches de fusil de gros calibre
- un diamant de petite taille, non serti mais très bien taillé niché au coeur d’une bourse sans tissu
Le concierge sort sa panoplie de petits tours. Son aspect décalé fait sourire et amuse lorsqu’il sort de la poche du Lecteur la clé du débarras que ce dernier était venu demandé.
Le couloir faiblement éclaire amène une odeur d’humidité et de moisi. Le cagibi d’Agatha est un foutoir bien à son image.
Le lecteur trouvera une boîte de cartouche de gros calibre, toute de la marque HECTOR, ainsi qu’un petit diamant.
Mais une image revient dans la tête du Lecteur...Un plan sur un mur. Il doit remonter dans l’appartement d’Agatha car il est certain qu’une partie de la clé est dedans.
Scène 5 :
Objectif : retour à l’appart car je me rappelle d’un plan sur le mur
- une photo cachées derrière une autre dans un cadre
- des brouillons de lettres de suicides aucune achevée, toutes à le deuxième personne du singulier comme si l’on s’adressait à un journal
- Les plans de renforts de barrage et de la procédure d'installation à suivre pour un lac artificiel.
Le lecteur ouvre en grand la penderie. Il se rappelle bien de ce plan avec une voiture et le barrage. En plus en fouillant les manteaux d’Agatha il trouve des plans de ce barrage.
En continuant à se creuser la tête, un cadre photo sort de l’ordinaire. En le démontant on y trouve une 2em photo. On dirait le fameux “oncle”, certainement plus jeune compte tenu de l’âge de cette photo. Il pose dans une posture lascive.
Le Lecteur trouve également des lettres de suicides dans un tiroir. Agatha aurait elle tenté le pire?
EN tout cas il nous faut explorer la piste de ce barrage.
Scène 6 :
Objectif : Aller au barage
- Un sentier difficile à trouver.
- Les restes d'un feu de camp.
- Un sac poubelle noir plein de Polaroids flous et abîmés par l'eau. Il est malaisé d'identifier les sujets photographiés : peut être des gros plans d'un corps nu, peut être des pièces détachées de voiture ?
A l’aide de Google map, le Lecteur trouve un barrage qui semblerait correspondre aux indices sur le mur. En route le Lecteur décide de passer par le quartier où l’on est supposé avoir vu Agatha (dans le carnet d’investigation). Rien. Mais les images du chiffre 67 raisonnent dans la tête comme si elles faisaient partie d’un puzzle.
La voiture mène à une route en terre difficile d'accès. Il faut continuer à pieds.
Une voiture brulée, un feu de camp assez ressent, montre que quelqu’un y a passé la nuit.
En fouillant un peu on trouve un sac remplies de photos si vieilles et abîmée par le climat qu’on y distingue pas grand chose.
Il faut continuer à s’enfoncer dans la végétation.
Scène 7 :
Objectif : Vers quoi mène ce sentier?
- Au beau milieu d'hectares de forêt, se trouvent plusieurs vieilles voitures. Aucune idée de comment elles ont pu atterrir là, loin de tout sentier praticable.
- Un porte-clés rouillé où se trouvent deux clés qui ouvrent le coffre d'une vieille Buick et la boîte à gants.
- Un sac plastique fermé hermétiquement rempli de bagues de fiançailles couvertes de boue séchée
Le sentier est difficile, aucune voiture ne peut passer par là. Et pourtant on débouche sur un petit cimetière de voitures anciennes. Un porte clé traîne par terre et permet d’ouvrir une Buick modèle rétro US. En ouvrant la boîte à gant on y trouve des alliances et des bagues de fiançailles. Tiens étrange un solitaire est sans pierre, on dirait que le petit diamant allait dessus.
Puis un coup de feu déchire le silence de la nature.
Scène 8 :
Objectif : Une détonation dans la forêt
- Un très grand lac artificiel.
- Un barrage qui nécessite des réparations.
- Une clé ouvrant la sortie de secours.
La fin du chemin mène à un grand lac artificiel et au barrage abîmé par le temps et mal entretenu. A terre quelques traces de sang.
Une des sorties de secours est entre-ouverte, la clé encore dessus. le couloir est sombre et la piste s’ouvre par des traces de sang.
Scène 9 :
Objectif : sur la piste des tâches de sang
- Un manuscrit incomplet aux pages dans le désordre, racontant la disparition d'une femme nommée « Naomi Ether ». La page du titre a été enlevée ou n'a jamais existé
- Une rallonge électrique de couleur orange nouée.
- Coupure de presse : compte-rendu d'un incendie de grande ampleur qui s'est déclaré dans un bâtiment au milieu d'une zone industrielle. Le corps d'une femme encore non-identifiée a été retrouvé dans les décombres.
Le couloir est glauque et noir. Eclairé par la lumière son porteur le Lecteur approche de la vérité. Une rallonge électrique pleine de sang traîne par terre presque encore torsadée. Le lecteur tombe ensuite sur une petite pièce. où l’on trouve tout un tas d’informations, toutes liées à 1967. La mort d’une certaine Naomi, des incendies etc.
Scène 10 :
Puis la pièce débouche sur une petite reconstitution. Un matelas, une table de chevet, un livre, une lampe et surtout “l’oncle”...Il a la même posture que sur la photo retrouvée chez Agatha. Tout est à une place comme s’il fallait reproduire quelque chose. L’homme est mort, d’une balle et également étranglé, sûrement par la rallonge.
Agatha débouche du couloir sans un mot. Ce n’est pas l’Agatha que le Lecteur connaît. On dirait une autre personne, est elle en transe, ou dans un état halluciné.
Agatha s’en va sans dire un mot laissant le Lecteur avec quelques bribes de vérités. Mais sans tout savoir ni même comprendre.
Points intéressants :
1) l’effet jeu vidéo
Christophe a été assez fixé sur les indices en restant souvent sur une même “zone” (temporelle comme géographique). Cela donnait parfois l’effet, qu’il fouillait dans une pièce tous les indices.
2) articulation Lecteur/Vérité
Christophe attendait l’objectif et les indices, ensuite il partait en narration. Mes interventions le “dérangeaient” un peu quand elle sortait du cadre d’un échange verbale entre le Lecteur et un autre personnage (interprété par la Vérité) . Si j’introduisais un exemple, il avait du mal à le recoller avec sa narration.
Il y avait donc un déséquilibre assez élevé dans nos narrations. Christophe parlait beaucoup, alors que moi j’avais moins d’expression, mais je pouvais réorienter l’histoire en fonction des indices et objectifs. J’évaluerais le temps de parole comme suit : 75% pour Christophe et 25% pour moi. Donc j'avoue parfois avoir ressenti une certaine frustration de ne pas avoir la possibilité d'en dire plus et de parfois n'être cantonné qu'à donner des indices et des objectifs. Mais il y avait une certaine fluidité dans la façon dont était raconté l'histoire, j'ai donc jugé cela plus important que le reste.
De son côté pour Christophe, certaines fois, j'arrêtais la scène trop tôt. Il avait l'impression qu'il aurait pu poursuivre. Pour lui je faisais une interruption pour caler mes objectifs et indices, donc il a laissé les choses aller dans ce sens. Dans son esprit, j'oriente le sens de l'histoire avec les indices et objectifs et lui la dessine avec ces éléments. Chacun son "rôle". De même parfois, il attendait avec impatience cette interruption...car il ne savait pas trop quoi dire de plus.
Cela montre qu'il y a un certain apprentissage dans le partage de la narration et qu'il y a donc plusieurs façon de jouer à Sweet Agatha. Je pense qu'à chaque table son équilibre en fonction de la façon dont les uns et les autres voient les rôles, les pouvoirs et les obligations du Lecteur et de la Vérité.
3) Orientation de l’histoire
Dans les 4 premières scénes, on était en plein brouillard. L’histoire balbutiait un peu, les indices s’enchaînaient et j’ai eu le sentiment qu’on était plus dans l’exercice de style; “comment composer des bouts d’histoire avec ce qu’on a comme indices”. Puis, j’ai à partir de la scène 5, eu une idée vers où amener l’histoire, j’ai donc amener les indices vers cette possibilité, sans l’évoquer au Lecteur. Il s’avère que Christophe a rejoint la fin que j’imaginais, sans utiliser les indices à chaque fois comme moi je l’imaginais. Mais grosso modo, Agatha dans mon esprit cherchais à se venger de ce personnage “d’oncle” (sans que je sache vraiment moi même pourquoi précisément), que ce dernier a refait surface et qu’elle a du enclencher un plan prévu de longue date plus tôt que prévu. Agatha a donc disparu pour tuer ce personnage.
4) fluidité
je ne sais pas si c’est l’anarchie du début de l’histoire ou l’inexpérience de débutants (voir les 2), mais au début c’était assez laborieux. Mais j’ai remarqué, que le rythme est monté progressivement. J’ai senti Christophe plus à l’aise dans la narration au fur et à mesure et plus libre.
Je ne saurais dire encore si
- cela vient de l’apprentissage du mode de jeu : nous sommes des novices en jeu de partage de la narration, tout comme en mode “story now”
- du fait que l’histoire se précisait : il est plus facile de cultiver des belles phrases quand le terreau des idées est préparé
- parce que je posais des indices plus cohérent par rapport à une idée d’histoire que j’avais en tête : autrement dit, parce que les indices avaient plus de cohérence dans la façon dont ils étaient présentés
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